J’ai 32 ans, je suis marié et père de deux filles. Indécrottable rural, j’ai choisi de vivre et de travailler au milieu des vignes, dans ma Charente natale, dès que mon étiquette de « junior » a disparu. Mon bureau est ici, avant tout, même si j’apprécie les déplacements ponctuels lorsqu’ils permettent de mieux travailler avec une équipe ou un client.
J’exerce le métier de développeur et me définis comme artisan du logiciel (software craftsman).
J’emploie le mot « artisan » au sens plein : l’artisanat est pour moi un mode de production fondé sur la maîtrise d’un savoir-faire, la responsabilité de celui qui produit, l’apprentissage et la transmission. Il suppose de connaître ses outils et ses matériaux, de comprendre ce que l’on fait plutôt que de simplement appliquer des procédures, et d’assumer la qualité de l’ouvrage jusque dans ses conséquences.
C’est cette conception que je cherche à appliquer au logiciel. Comprendre le problème avant de construire, rechercher la simplicité, prendre soin de ce que l’on produit et répondre dans la durée des choix que l’on fait. Le client n’est pas pour moi un donneur d’ordre mais un partenaire, et je préfère les relations de confiance qui durent aux missions qui s’enchaînent.
Cette idée d’artisanat dépasse d’ailleurs largement le développement logiciel. Je la considère comme une condition de la maîtrise de nos machines et de nos techniques. C’est le sujet central du livre que j’écris actuellement, consacré aux rapports entre technologie et civilisation. Depuis plus de quinze ans, je m’intéresse à la manière dont nos outils transforment nos sociétés, nos institutions et nos façons de penser, et à la manière dont nous pouvons, en retour, conserver une prise sur eux.
Cette réflexion m’amène naturellement à m’intéresser à la professionnalisation du développement logiciel. Le logiciel occupe désormais une place centrale dans nos vies, alors même que le métier de développeur reste relativement jeune et que ses responsabilités sont encore insuffisamment définies. Je ne désespère pas de voir un jour naître un ordre professionnel des développeurs, qui puisse contribuer à établir des exigences communes, défendre l’intérêt du public et faire vivre une véritable déontologie du métier.
Je cherche également à comprendre avant de transmettre. Je m’informe autant que possible à la source, notamment dans la littérature académique, puis j’essaie de rendre ces connaissances accessibles et utiles. J’aime enseigner, former et coacher ; transmettre un savoir ou aider quelqu’un à progresser fait partie, à mes yeux, du métier autant que produire du logiciel.
Je m’intéresse en particulier à la complexité des logiciels : à la manière dont elle apparaît, aux mécanismes qui la rendent inévitable ou évitable, et aux moyens de la maîtriser. J’envisage de consacrer une thèse à cette question.
Ces différents sujets peuvent sembler éloignés : développement logiciel, artisanat, complexité, transmission, professionnalisation, technologie et civilisation. Ils procèdent pourtant d’une même préoccupation : comment conserver la maîtrise de ce que nous fabriquons et des machines que nous construisons ?
C’est avec cette exigence que j’exerce mon métier : produire des logiciels utiles et bien faits, continuer à apprendre, transmettre ce que j’ai appris et construire avec mes clients des relations suffisamment durables pour que nous puissions répondre ensemble de ce que nous fabriquons.
Mon CV le plus récent est ici.