La Puissance moderne

Recension d’un ouvrage de Raphaël Chauvancy – La Puissance moderne, aux éditions Apopsix


Retournons à une période clé de notre histoire : le règne de Louis XVI. La France est devenue la première puissance mondiale, grâce à une ambitieuse politique de guerre économique. Son armée de terre est la plus puissante d’Europe et les efforts de Vergennes ont porté leurs fruits sur mer : la flotte française pèse suffisamment pour infliger de sérieux revers à la perfide Albion, entamant son commerce sur la route des Indes. On le sait depuis Thucydide : on ne peut vaincre une puissance maritime que par la mer.

La diplomatie de la France est une merveilleuse machine à créer l’équilibre. Ayant bien compris qu’une puissance détruite cherche à se venger, la France réussit par de subtils jeux d’alliance à contenir les visées déraisonnables de ses voisins. Le royaume est allié à l’Espagne, par le sang, à la Hollande par anglophobie et à l’Autriche, par ruse.

A l’exception notable du redressement de la Royale, tous ces succès ne sont hélas que l’œuvre d’habiles et patients ministres. Louis XVI savait s’entourer pour compenser sa bonhommie. Les qualités qui font un admirable humain sont hélas des marqueurs de faiblesse pour un souverain, qui ne peut se permettre la gentillesse. La realpolitik française est morte avec Vergennes, quand le Bon Louis jugea pertinent de faire arbitrer la guerre civile en cours chez son allié Hollandais par l’Angleterre et la Prusse. Tout le jeu d’alliance français s’est effondré comme un parcours de dominos après cela. Ce fut le premier clou sur le cercueil de la dynastie Capétienne.

La France de Louis XVI était une cocotte-minute prête à exploser. La paix venait de la prospérité, car chacun avait d’excellentes raisons d’espérer mieux pour ses enfants. La Royale en pleine expansion était le formidable ascenseur social que l’armée de terre, sclérosée par la noblesse, avait cessé d’être. Le commerce florissant occupait les bourgeois, les détournant de leur jalousie envers les nobles. Le peuple était occupé à assimiler les techniques nouvelles, découvertes en France ou pillées aux Anglais par les agents de la guerre économique française. Hélas la prospérité était un exutoire, non une solution. La débâcle diplomatique provoquée par Louis XVI après la mort de Vergennes allait siffler la fin de la trêve intérieure.

La diplomatie équilibrée de la France, trop novatrice à l’époque où la puissance se comptait en hectares, n’avait pas valu au royaume que des amis. L’Europe n’aimait pas cette France médiatrice et pacificatrice, qui frustrait leurs envies de conquête. L’Angleterre avait échappé de peu à la perte de son statut de première puissance maritime. L’Europe fut trop heureuse de jeter de l’huile sur le feu pour embourber la France dans une révolte intérieure.

Toutes les composantes de la société française avaient des raisons de vouloir un changement radical. Louis XVI, grand conciliateur dans l’âme et montagne de bonté se trouvait bien seul à Versailles pour gérer une situation nécessitant de la poigne. Il fut incapable d’être le chef fort dont les français avaient besoin et le paya de sa vie. Telle une étoile en fin de vie, la France s’embrasa violemment, utilisant les réserves patiemment construites par la monarchie dans un grand éclat qui allait détruire l’Europe et laisser notre pays exsangue. La puissance accumulée par la France ne fut jamais autant visible que pendant sa chute.

Le livre de Raphaël Chauvancy explique à merveille les clés de la puissance française à l’aube de la Révolution. Très facile d’accès il n’en est pas moins très complet.

Enzo Sandré

Google au secours des obèses de l’Internet

QUIC, SPDY et maintenant BBR. Les initiatives de Google sont louables, mais vaines.

Pour prendre une image : C’est comme agrandir les portes pour laisser passer les obèses. Quand ils auront encore grossi ils ne passeront plus. De plus l’agrandissement des portes n’apporte rien aux gens bien-portants et peut même en inciter certains à se laisser aller puisqu’il est aussi facile de vivre obèse que sain.

La seule solution pérenne capable de sauver la neutralité du net et Internet en général, c’est de dégraisser.
Non, une page web de 1Mo n’est pas normale. En comparaison, les œuvres complètes de Shakespeare pèsent 100 fois moins !
Même une vue Google Maps ne dépasse pas 500ko.

Mais pour ça encore faudrait-il que les développeurs web se forment à ne plus être des porcs. Il faudrait d’abord qu’ils aient conscience d’être d’ignobles saligauds, ce qui pose la question de créer un label de qualité, voire de réglementer l’accès à la profession pour les pires d’entre eux.

Salopez le serveur avec votre code bancal c’est vous qui payez, mais ne refilez pas votre chtouille au client. Si votre site ne peut pas être chargé en moins de deux secondes par la mamie du Cantal sur son ADSL (1Mb/s) c’est de la merde. Point, fin du débat.

Les administrateurs réseau se cassent le cul depuis 20 ans à accélérer le web. La seule réponse des devs web a été d’alourdir encore les pages. C’est comme si les constructeurs automobiles avaient profité de la sobriété en carburant des nouveaux moteurs pour créer des bagnoles à 24 cylindres.Très responsable comme comportement.

Je n’épargne pas les graphistes, qui ont pris tellement de drogues ces dernières années qu’une page doit à minima avoir 3 carrousels et 2 images en 4K et 18 feuilles de style pour être considérée comme belle. Même Pieter Bruegel faisait moins chargé que vos bouses.

Lussato avait averti dans les années 80 : soit l’informatique s’amende, s’allège et privilégie les microsystèmes décentralisés, soit elle crèvera de sa centralisation et de son obésité, devenant le jouet exclusif de quelques multinationales. Et ce sera bien fait.

Enzo Sandré

Simone Veil : Se protéger quand la censure frappe

Le 30 juin 2017, jour de la mort de Simone Veil, un visuel aux airs d’hommage est diffusé sur les réseaux sociaux. Il indique un site simoneveil.com, dénonçant très subtilement l’avortement de masse comme un abus non désiré par la défunte. Le groupe anti-avortement Les Survivants avait préparé son coup bien à l’avance puisque le nom de domaine a été réservé le 7 septembre dernier.

Un cadre légal bafoué

Quelques heures après sa publication, le site des Survivants a été suspendu par l’hébergeur OVH, sans qu’aucune décision de justice ne l’ait autorisé à faire cela. Un coup de fil de l’avocat de la famille a suffi pour que l’hébergeur se couche devant les menaces, au mépris de la loi. Ca n’est pas la première fois que les Survivants essuient un tel revers extra-légal : la plateforme de cagnotte HelloAsso avait ainsi supprimé la collecte de l’association quelques jours auparavant.

Le droit français fait d’un site Internet une publication comme un autre, soumise aux règles relatives à la liberté d’expression. La censure d’un contenu doit obligatoirement être prononcée par un juge, lors d’une procédure classique ou en référé. Dans cette affaire, aucun juge n’a été saisi, ni pour atteinte à l’image de la défunte, ni pour délit d’entrave à l’IVG, ni pour diffamation.

La presse, qui se targue d’être la gardienne de la liberté d’expression et de l’état de droit© s’est unanimement félicitée de cette décision. Certains sites insoupçonnables d’incompétence comme Numerama ont même sciemment menti. En jouant sur une nuance imperceptible par le profane, ils expliquent que le site n’a pas été censuré, mais que le nom de domaine simoneveil.com l’a été au motif qu’il utilise le nom et l’image de la défunte sans autorisation.

Cela est faux : le nom de domaine n’a pas été suspendu et fonctionne toujours. Quand l’internaute tente de se connecter le message signifie implicitement que l’hébergeur OVH a suspendu le site. Dans le cas contraire une erreur « Adresse Introuvable » aurait été affichée comme  si vous saisissiez une adresse inexistante (exempledesiteinexistant.com par exemple). Les domaines .com appartiennent à l’ICANN, une autorité administrative américaine avec ses propres règles, qui n’a que faire des caprices d’un avocat parisien. Le motif n’est pas invalide pour autant : les Survivants pourront ultérieurement se voir retirer le domaine, après de nombreux mois et une longue procédure.

Se protéger face à la censure

En France, un hébergeur peut violer la liberté d’expression et être félicité par la caste journalistique. A cela s’ajoutent des lois à la légitimité discutable, comme le délit d’entrave numérique à l’IVG ou une vision très large de l’incitation à la haine. Il peut parfois être légitime de prendre des mesures contre la censure afin de poursuivre de combats nécessaires au bien commun.

Pour censurer, la justice dispose de quatre angles d’attaque : suspension du contenu chez l’hébergeur,  suspension du nom de domaine, condamnation pénale du responsable éditorial et blocage administratif. Chacune de ces mesures obéit à un cadre légal bien précis, dont il suffit de sortir pour échapper à la loi.

Ce qui est arrivé aux Survivants est une suspension de contenu. Elle n’est possible qu’auprès d’un hébergeur français ou ayant des accords judiciaires avec la France. Si les Survivants décidaient d’héberger leur site aux U.S.A, au Cameroun ou en Corée du Nord, le site fonctionnerait de nouveau normalement.

La suspension de nom de domaine est plus complexe, mais on peut esquiver le problème. Si un nom de domaine est bloqué, un autre peut être facilement acheté, puis à nouveau un autre. Le site T411 a survécu des années comme cela grâce à la lenteur des procédures administratives. Exemple : simoneveil.net.

Un responsable éditorial ne peut être condamné que s’il est soumis à la loi française. L’utilisation de prête-noms étrangers est une solution abordable. Renseignez-vous impérativement auprès d’un avocat, la loi française a pris des mesures contre ces pratiques.

Le blocage administratif sert à l’état lorsqu’il a épuisé les autres recours. Il s’agit d’un blocage du site chez le FAI de l’internaute, au moment de la consultation. Il empêche la consultation par tous les internautes n’ayant pas de connaissances techniques étendues, ce qui est redoutable. TOR est le moyen le plus connu de contournement.

Au nom de bons sentiments ou d’idéologies moralisatrices, états et entreprises se permettent de châtier le mal-pensant, censurant à tour de bras. Il est important pour tout créateur de contenu de connaître des contre-mesures. A ceux qui pensent que la neutralité du net et la liberté d’expression tombent du ciel, nous répondons par la phrase de Maurras : « Les libertés ne s’octroient pas, elles se prennent ».

Avertissement : Ce court article ne saurait être exhaustif ou exact : prenez contact avec un spécialiste (technique et juridique) avant de mettre en œuvre de telles solutions.

Enzo Sandré

Décoder les développeurs : enquête sur une profession à l’avant-garde

Celui qui raisonne comme au XXème siècle ne peut pas comprendre les développeurs. Ils sont les enfants terribles de la post-modernité, dans toutes ses contradictions : symboles du progrès technologique guidés par une conscience artisanale ; cols blancs à la mentalité ouvrière bien trempée ; libertaires contractualistes rêvant de communautés de métier ; geeks technophiles sévèrement critiques de la machine.

Cette profession si particulière (que j’exerce moi-même avec beaucoup de fierté) annonce-t-elle un nouvel âge du travailleur qualifié ? Elle pourrait, comme le dit l’auteur « dessiner les contours d’organisations différentes, qui valorisent l’autonomie, la collaboration et l’énergie créative » et estomper le brouillard du taylorisme. Pour comprendre comment, il est incontournable de se pencher sur les caractéristiques du métier de développeur.

Le col ciel : un artisan de l’information

Le rôle d’un développeur est de programmer des logiciels en écrivant des instructions exécutées par la machine : le code. Le travail de développeur est hybride entre la profession intellectuelle et l’artisanat. L’auteur utilise l’expression « cols ciel », jonction entre les « cols bleus » et les « cols blancs » pour les désigner.

Comme tout artisan, le développeur ne peut pas être un individualiste. Même celui qui travaille seul a besoin de ses pairs. De nombreuses communautés en ligne ou physiques permettent au développeur de se former, de résoudre des problèmes rencontrés par d’autres ou de partager du code, en dehors de tout cadre marchand. La plupart des logiciels qui forment l’écosystème informatique aujourd’hui sont libres et aucun développeur ne pourrait travailler en autarcie sans programmer des années pour afficher la moindre image. En un sens, tout développeur est un héritier, devant tout à ses prédécesseurs.

Celui qui travaille en équipe est étroitement lié à ses coéquipiers, car tous modèlent en même temps le produit. Tout comme un orchestre, une équipe doit d’abord apprendre à travailler ensemble et le moindre changement humain est handicapant, le temps d’apprendre à travailler avec le nouveau venu. La taille d’une équipe n’indique en rien sa productivité : si un développeur peut faire un programme en neuf mois, neuf développeurs n’arriveront pas forcément à faire un programme en un mois, sauf s’ils ont appris à œuvrer ensemble.

Les rapports des développeurs avec les managers sont souvent conflictuels : les deux mondes ne se comprennent pas. Des pratiques comme la programmation en binôme, la revue de code mutuelle, le développement piloté par les tests et les entraînements sur du code improductif sont courantes dans les équipes de développement mais constituent de vraies hérésies pour un successeur de Taylor. Plus frustrant : les managers ont rarement le dernier mot face aux développeurs. Le code peut être soumis à des mesures objectives de qualité et de fonctionnalité. Comme le menuisier peut renvoyer son chef à la mesure de l’équerre et du fil à plomb, le développeur peut prouver la conformité du programme aux spécifications par des tests.

Chaque morceau de code produit doit pouvoir être relu et édité facilement, il en va de la productivité de l’équipe. « Laisse le code plus propre que tu ne l’as trouvé » est une des devises des développeurs. Etonnamment, ceux qui suivent cette règle finissent par l’intérioriser en une sorte de conscience ouvrière : le travail bien fait devient un primat.

Une profession en devenir

L’auteur dresse un portrait particulièrement élogieux des développeurs. Je dois dire que je m’y retrouve presque intégralement, me définissant moi-même comme « artisan-développeur ». Hélas l’auteur laisse dans l’ombre la majorité de la profession, les « analystes-programmeurs » et autres « ingénieurs développement ». L’analyste-programmeur pratique le même métier que le développeur, mais avec une mentalité différente : il privilégie un logiciel rapidement fonctionnel à un travail léché et préfère tout planifier à l’avance dans d’énormes cahiers des charges. Alors que le développeur n’a pas d’autre plan de carrière que de devenir un maître, l’analyste programmeur ne rêve que d’être un chef de projet, puis de suivre le parcours balisé du management technique d’entreprise. Les deux composantes de la profession se méprisent mutuellement : les développeurs voient les programmeurs comme des professionnels peu consciencieux, ceux-ci rétorquent en accusant les développeurs d’utopisme et de caprice d’enfant gâté. Il est intéressant de voir qu’à technique égale, la culture est déterminante dans l’usage que l’on en fait.

L’auteur a pris le parti de décrire une avant-garde artisanale de la profession, appelée sans nul doute à grandir et à s’organiser dans les prochaines années. Les déboires de monstres logiciels comme Louvois (logiciel de paiement des soldes de l’armée française) donnent des arguments de choc aux développeurs. Les sessions d’entraînement de type « coding dojo », le désormais célèbre Agile Tour et l’Ordre des Développeurs naissant sont autant de projets extrêmement stimulants, annonciateurs d’un nouvel âge du travailleur qualifié.

Enzo SANDRE
Artisan-développeur

Références

Décoder les développeurs – Un livre sur une profession à l’avant-garde

Benjamin Tainturier – Préface d’Emmanuelle Duez – The Boson Project – Enquête sur une profession à l’avant-garde 138 pages – 19 € – G 56739

Livre gracieusement offert par l’éditeur Eyrolles.

Photo d’entête : atelier logiciel Arpinum

L’APRIL et son pacte du logiciel libre

C’est désormais une habitude : comme à chaque élection depuis 2007, l’association APRIL propose aux candidats de signer son Pacte du logiciel libre. Dans ce document minimaliste, les candidats s’engagent à ne pas voter de lois allant contre le logiciel libre s’ils sont élus. Se voulant le plus rassembleur possible, ce pacte ne rentre pas dans les querelles de licences ni dans les guerres de chapelles qui animent le monde du libre : son but est de sensibiliser les élus par un texte simple et compréhensible. L’initiative est prometteuse ; nous déplorons simplement les statistiques par parti, qui incitent les élus à parapher par discipline partisane plus que pour signifier des convictions personnelles. Nous regrettons également que les « coordinateurs » chargés de prendre contact avec les candidats soient trop souvent des militants de gauche, qui pratiquent un démarchage très sélectif, donnant l’illusion que seule leur famille politique s’intéresse au sujet du libre.

Industrie et énergie : dépendances

Introduction du dossier « L’avenir de la production d’énergie » coordonné par mes soins


Taquinons un peu nos bons écologistes, par ailleurs adeptes du « Progrès » et du « sens de l’histoire » : avant la Révolution Industrielle, la production énergétique était 100% renouvelable !

L’homme connaît l’existence du charbon et du pétrole depuis le néolithique. Il faut attendre l’âge industriel pour qu’il devienne une ressource énergétique nécessaire à l’industrie. Historiquement, le charbon a sauvé les forêts françaises d’un abattage méthodique, pour nourrir le Moloch industriel. Plus tard sont apparus le pétrole et le gaz, qui n’ont jamais diminué la part du charbon dans le mix énergétique mondial. Le nucléaire vint s’additionner.

La part d’énergie dite renouvelable est ridicule. Le sens de l’histoire semble aller vers leur disparition, au profit de ressources de plus en plus denses en énergie. S’il y a un sens à l’histoire, l’avenir se trouve dans les centrales à fusion, non dans les panneaux solaires personnels.

Nous avons l’effronterie de ne pas croire que l’histoire ait un sens. Nous comptons bien dans ce dossier renvoyer dos à dos les écologistes et le cartel des énergéticiens. La centralisation de la production d’énergie n’est pas plus une fatalité que le retour à un passé fantasmé fait de silex entrechoqués et de feux d’excréments.

A l’âge des machines, celui qui produit l’énergie détient le pouvoir. Une production centralisée aux mains de l’État ou d’un cartel va inévitablement centraliser la société bien plus profondément que n’importe quelle idéologie politique. Pour libérer l’avenir, il est urgent de proposer des solutions réalistes de décentralisation. Les écologistes avec leur photovoltaïque ruineux, leur antinucléarisme de slogans et leur catastrophisme sur la fin imminente du pétrole représentent un épouvantail idéal. Il est impossible de bâtir l’avenir avec des bouffons aussi caricaturaux, ils ouvrent un boulevard aux industriels du nucléaire et aux escrocs de la fusion, ravis d’avoir en face d’eux d’aussi ridicules adversaires. Il est temps de bâtir un contre-discours sérieux sur l’énergie, laissant s’exprimer tous ceux qui refusent de participer à cette mascarade. Nous ne sommes pas obligés de choisir entre l’EPR et les éoliennes.

Enzo Sandré

La décentralisation énergétique, un projet au bénéfice du localisme ?

Article de Théophile Ducran-Lapoigne, faisant partie du dossier « L’avenir de la production d’énergie » coordonné par mes soins.


Le point de départ : la nécessité de réforme du système français

Au lancement de son programme nucléaire civil en 1958, les objectifs de la France étaient de se doter de capacités de production d’énergie à bas coût, en grande quantité, et sans que leur mise en place ni leur fonctionnement ne puisse opposer de quelconques menaces à l’indépendance nationale.
Cela fût fait. En 2017, la France est le pays d’Europe occidentale où l’électricité est la moins chère, et possède un parc nucléaire de 58 réacteurs répartis dans une quinzaine de centrales, ce qui en fait le pays le plus « nucléarisé » au monde par habitant.
Ainsi, ce système de grandes centrales, réparties inéquitablement sur le territoire, s’appuie sur un vaste réseau de transport et de distribution d’électricité.

Les activités de production, de transport, de distribution, et de fourniture d’électricité ont été déposées, à l’origine, entre les mains d’un « champion » national : Électricité de France.

Toutefois, ce système centralisé du « tout-nucléaire » présente aujourd’hui ses limites : du coût de démantèlement des centrales – qui ne sont, hélas, pas éternelles ! – à celui de gestion des déchets nucléaires, de nombreux obstacles s’accumulent au fil du temps.
En effet, pour des raisons propres à l’énergie nucléaire, mais aussi inhérentes à lui-même, le système français s’avère difficilement compatible avec les exigences écologiques contemporaines.
Par définition, un système centralisé offre un résultat puissant – et la France en sait quelque chose ! – mais génère inévitablement des pertes. A titre d’exemple, seule 1/3 de l’énergie brute produite par une centrale nucléaire est transformée en électricité – le reste étant évacué à travers les tours de refroidissement.
Compte tenu des exigences croissante d’économie d’énergie, un tel blocage apparaît comme de moins en moins acceptable.

De là, la décentralisation énergétique apparaît comme une solution viable sur les plans économique et écologique.
Cette notion peut se définir comme la distribution des capacités de production d’énergie par région, de manière à ce que les unités de production se trouvent géographiquement proches des consommateurs finaux, limitant ainsi l’utilisation du réseau de transport et offrant des capacités de résilience locale.

En effet, ce système comporte un certain nombre d’avantages qui lui permettraient de combler efficacement les lacunes de notre « tout nucléaire-centralisé » gaulois, et, sur le plan politique, d’encourager un retour au localisme.

Quel calendrier pour un nouveau système décentralisé ?

Il faut d’abord poser un premier axiome : le processus de transition énergétique, sera inévitablement accolé à la méthode de la décentralisation énergétique. Objectif et méthode s’accordent donc.

De plus, la transition énergétique vers des énergies vertes – ce que l’énergie nucléaire n’est pas, étant « décarbonnée » mais néanmoins productrice de déchets dangereux pour l’environnement et la santé – pourrait être achevée en France d’ici 2080.
La décentralisation énergétique n’est donc pas une solution sur-mesure applicable instantanément, mais résultera d’un processus national de long terme découlant de politiques publiques cohérentes.

Quels outils ?

Les énergies renouvelables portent un maître-mot : la résilience.
Par ce terme, il doit être entendu la résistance économique et humaine à l’absence de production d’énergie par une unité sur une courte période. En effet, la production d’énergie renouvelable dépend intégralement des conditions météorologiques du lieu où elles se trouvent.
Par conséquent, il n’est pas possible de prévoir avec certitude la production d’un parc solaire photovoltaïque, ni celle d’une ferme éolienne.
Cela suppose donc l’installation d’une variété de sources de production d’énergie, complémentaires entre elles.

La spécialisation au service de la variété

Chaque terre de France possède des caractéristiques naturelles différentes.
Ainsi, l’ensoleillement en Provence n’est pas le même qu’en Bretagne ; de même que l’Aquitaine, dont les côtes sont venteuses, n’a pas une activité géothermique aussi importante que celle du bassin parisien.
Ainsi, les capacités de production, mises sur pieds par région, devront répondre aux spécificités de l’écosystème local.

Un réseau de transport et de distribution renouvelé

Le système de production par région implique un renouvellement complet du système de transport et de distribution d’électricité. Jusqu’à présent, les lignes à haute-tension et très haute-tension partent des centrales, et sont connectées à des réseaux à basse-tension jusqu’à la fourniture finale. Ce système implique une logistique complexe, et des pertes notables, même s’il permet de « déplacer » l’électricité sur de longues distances.

Une production locale organisée selon une superposition des mailles territoriales

Une autre caractéristique majeure de la décentralisation énergétique est le régionalisme.
En effet, la production décentralisée ne doit pas devenir un ensemble de mini-systèmes centralisés, mais elle doit être organisée selon la superposition de mailles territoriales.
Ainsi, l’on pourrait aisément imaginer un système où 50% de la production serait mis à la charge des départements, et 25% à celle des régions et communes.
Cela étant, les communes bénéficieraient aussi du développement de la production domestique.

Le rôle de la production domestique

La production domestique, c’est-à-dire l’installation de capacité de production d’énergie directement au sein des foyers, devrait permettre de renforcer leur autonomie vis-à-vis des grands fournisseurs (EDF, Engie).
Cela étant, en subventionnant l’installation de telles capacités de production, les collectivités territoriales seraient en droit d’espérer un dopage de l’économie locale, notamment en matière d’emploi, voire de recherche.

Pour conclure, la question qui peut se poser est la suivante : dans quelle mesure la relocalisation des moyens de production d’énergie peut-elle avoir un impact sur le localisme politique ?

Toute activité commune étant source d’union, il est très probable que des populations, qui, au niveau local, se regroupent pour prendre en charge leur propres besoins en énergie, seront amenées à renforcer leur esprit de communauté, et, par extension, leur sentiment d’enracinement.
Reste à voir par quels biais politiques la décentralisation énergétique sera mise en place. Quoi qu’il en soit, il devrait être possible d’en tirer parti.

Théophile Ducran-Lapoigne

Quel avenir pour la production d’énergie ?

Article du dossier « L’avenir de la production d’énergie » coordonné par mes soins


L’après-pétrole approche et il est temps de penser à son remplacement. Ecologistes et industriels doivent cesser leur autisme et entamer un vrai débat sur le mix énergétique de demain. Analyse d’un débat d’infirmes qui n’en finit plus.

Fission nucléaire : Rickover and over

Tous les réacteurs commerciaux au monde[1] héritent d’un réacteur originel, conçu par l’Amiral Rickover[2] pour propulser les sous-marins nucléaires américains. Il fut adapté pour la production d’énergie civile par Westinghouse, qui vendit la licence à Framatome (devenu Areva) et Mitsubishi. Les générations II (actuelle) et III (en cours de construction) ne sont rien d’autre que des améliorations. Or, le réacteur Rickover n’est pas conçu pour la production d‘énergie civile : il peut s’emballer (Three Miles Island, Fukushima) et produit une grande quantité de déchets radioactifs.

Pourquoi cette filière est-elle conservée ? Car la technologie est maîtrisée et amortie. Il existe pourtant des alternatives tout à fait crédibles, comme le Rubbiatron, le TRIGA ou les réacteurs à caloporteur hélium. Toutes sont reléguées en « génération IV ». Traduction : peut-être un jour, n’espérez rien.

Sur ce sujet, les écologistes sont les meilleurs ennemis de l’industrie. Ils font office d’épouvantail en rejetant complètement toute énergie nucléaire à l’heure où le charbon croît. Ils rendent inaudible toute critique fine du nucléaire, ce qui arrange bien l’industrie qui peut avancer sans garde-fou sérieux.

Fusion : Monomanie ITER

Pendant que ITER monopolise le budget de la recherche (19 milliards désormais), d’autres filières prometteuses sont anémiées par le manque de moyens. Malgré leurs budgets ridicules, la fusion aneutronique[3], la fusion par laser[4] ou les Z-machines pourraient donner des résultats avant qu’ITER n’ait abouti.

En plus d’être affreusement cher[5], ITER est une expérience dangereuse. Les Français seront rassurés d’apprendre que « La Commission européenne estime qu’en cas d’accident les rejets d’effluents radioactifs, sous quelque forme que ce soit, provenant d’ITER en France, ne seront jamais susceptibles d’entraîner, même en cas d’accident nucléaire, une contamination radioactive à l’extérieur des frontières françaises »[6]. En plus des matériaux radioactifs (dont le tritium, trop léger pour être confiné), ITER contient des matériaux aussi sains que du plomb, du lithium et du béryllium. Interrogez votre médecin, il vous expliquera.

De l’aveu même des physiciens, l’accident est probable : ITER est expérimental. Le dispositif contient de nombreux aimants supraconducteurs, capables d’exploser très violemment[7]. La plupart des savoirs mis en jeu seront testés pour la première fois à une telle échelle, avec tous les risques imprévisibles que cela occasionne.

Vive le charbon !

L’aveuglement idéologique des écologistes et les intérêts froids du cartel nucléaire embourbent tout débat. Le nucléaire actuel présente des défauts rédhibitoires, qui réclament un changement profond. Or tout débat sur l’avenir du nucléaire est bloqué par les écologistes, qui tiennent absolument à en sortir et par les industriels, trop satisfaits de vivre sur une technologie amortie. Les deux parties portent la responsabilité de l’accroissement du charbon.

Il est urgent de donner la parole aux physiciens et aux ingénieurs non-alignés sur ces questions, afin d’ouvrir un véritable débat national sur l’énergie de demain. Fusillons les clivages imbéciles et les intérêts à courte vue de l’Argent. En l’absence de souverain capable de trancher, c’est à la société civile d’arbitrer ces questions.

Enzo Sandré

[1] Deux exceptions : les CANDU canadiens, qui ne sont pas vendus et les VVER/RBMK soviétiques, instables et dangereux.

[2] Le réacteur de Shippingport

[3] La réaction Bore-Hydrogène semble la plus prometteuse, elle permettrait même la fabrication de réacteurs à fusion domestiques dans un futur lointain.

[4] Le Laser Mégajoule du CEA est le plus connu, il est principalement destiné à tester les futures bombes thermonucléaires, mais devrait accueillir des expériences civiles de fusion.

[5] 19 milliards d’euros pour l’instant, hors fonctionnement. Déjà 4x le budget prévisionnel alors que la construction n’est pas terminée.

[6] Avis de la Commission Européenne 2012/C 166/01

[7] Le 27 mars 2007, un aimant supraconducteur a explosé au CERN près de Genève.

Crise de l’énergie ou énergie de la crise ?

Article de Richard Bulan, faisant partie du dossier « L’avenir de la production d’énergie » coordonné par mes soins.


Depuis le premier choc pétrolier, les discours alarmistes se répercutent sur les montagnes de la bien-pensance et de la vue court-termiste comme un écho dans une vallée trop encaissée.

Les matières énergétiques ne vont pas manquer dans des délais proches puisque même avec les politiques volontaristes actuelles, l’Agence Internationale de l’Energie prévoit une baisse des énergies fossiles de 82% en 1990 à 75% en 2040, ce qui est passablement ridicule. Ainsi, ce n’est pas une crise de l’offre, notamment avec l’arrivée de l’Iran qui a augmenté leur production de 500 000 barils/jours après la fin de l’embargo[1]. De plus, avec les prix de pétrole supérieur à 80 dollars de 2008 à 2015 ont permis l’industrialisation de processus complexes, engendrant des économies d’échelles, permettant l’augmentation de la production. La fracturation hydraulique connue depuis 1947 couplée aux forages horizontaux, développés eux depuis 1980, en ont profité permettant l’exploitation du pétrole de schiste. Ce dernier est particulièrement exploité par les Etats-Unis dont la production à augmenté de manière constante jusqu’à la chute des cours en 2015[2], et qui est repartie à la hausse au début de l’année 2017[3]. La production est maintenant est susceptible de passer de 200 000 à 500 000 barils/jours. De plus, les différents fonds souverains issus de pays pétrolier, comme l’Arabie Saoudite ou la Norvège ne prévoit pas une sortie de la consommation pétrolière, mais souhaite diversifier leur énergie pour limiter la pollution que cette consommation énergétique engendre.

L’offre de pétrole n’est pas à proprement parlé en crise, on est loin du pic pétrolier, avec le ralentissement de la croissance de la Chine, la volonté globale de limiter la volatilité du marché en lissant les cours avec les différents fonds souverains, ainsi que le développement de nouvelles techniques. Ainsi ce pic pourra arriver dans une dizaine d’année (vers 2030), avec une réduction drastique des ressources vers 2200 en ne prenant en compte que les réserves connues actuellement (certains états ayant une politique de secret concernant leurs réserves)[4].

Le passage à des techniques non pétrolière ou gazière va juste déplacer le problème sur des nouvelles matières. La France n’utilise que 51% d’énergie fossile dans son mix énergétique, si bien qu’elle est très dépendante de l’énergie nucléaire et donc du marché de l’uranium. Des questions similaires vont ainsi se poser pour l’ensemble des matière premières permettant la création d’énergie. Ainsi les énergies dites « renouvelables » utilisent également des minéraux comme les terres rares ou le cobalt, qui engendrera de nouvelles crises et de nouvelles périodes fastes dans une perspective « schumpeterienne ». La crise de l’énergie dispose en elle-même de l’énergie des crises futures …

Richard Bulan

[1] AFP, « L’Iran augmente sa production de 500 000 barils par jour », Les échos, 18 janvier 2016

[2] S. Cornot-Gandolphe, « La révolution des pétroles de Schiste aux Etats-Unis. Le test du business-model en cours », Notes de l’IFRI, janvier 2015

[3] E. Conesa, « Pétrole : l’Amérique prête à augmenter sa production », Les Echos, 29 décembre 2016

[4] B. Durand, « Pétrole, gaz et charbon : nature, mécanismes de formation, perspective d’avenir dans la transition énergétique », Association pour l’étude des pics pétrolier et gazier France, 31 mars 2017

Entretien avec Jean-Pierre Petit

Entretien avec l’astrophysicien Jean-Pierre Petit, réalisé dans le cadre du dossier « L’avenir de la production d’énergie » coordonné par mes soins.


Ancien directeur de recherche du CNRS, M. Petit est un chercheur laissant derrière lui une fructueuse carrière dans l’astrophysique et la physique des plasmas. Très critique à l’égard de l’énergie nucléaire, M. Petit fut l’un des premiers à avertir de la gabegie que représente ITER.

Jean-Pierre Petit est également un vulgarisateur. Il est l’auteur de la série de bandes dessinées Anselme Lanturlu. Depuis quelques années, M. Petit diffuse des vidéos sur Internet, toujours dans le but d’expliquer la physique au plus grand nombre. Nous avons souhaité l’interroger sur sa vision du rapport entre l’homme et l’énergie.

Pensez-vous qu’il soit souhaitable pour les civilisations de disposer d’une énergie abondante ?

Les problèmes d’énergie, nous les avons évoqués dans notre dernier livre « OVNI, l’extraordinaire découverte », aux éditions Tredaniel. Dans l’histoire il y a toujours des changements qualitatifs profonds. Il y a eu l’invention de l’outil, qui a permis à l’homme de compléter son barrage biologique avec des griffes, des dents, des poings plus aiguisés et plus solides. Puis le feu, qui lui donnait accès à l’énergie que la nature abritait dans du bois, puis du charbon, des hydrocarbures. Enfin vint la vapeur qui transformait la chaleur en force colossale, capable de mouvoir des centaines de tonne d’acier sur des rails et d’actionner des machines outil, de travailler le fer et l’acier. En prime, derrière cette chimie et cette métallurgie, des armes de plus en plus perfectionnées, des canons, des blindages, des explosifs.

Et puis la conquête de tous les milieux. Se faufiler parmi les poissons, cette fois simplement pour mieux tuer. L’air, pour se déplacer, mais aussi pour porter des œuvres de mort. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la course aux explosifs fait entrer l’homme dans le délire le plus total. Je crois que les êtres humains ne se rendent pas vraiment compte de ce que représente ce dernier saut. Ça n’est pas la capacité de destruction qui est en cause, c’est le dommage environnemental. Détruire, nous l’avons toujours fait. Des dizaines de millions de morts, des pays en ruine ? La belle affaire. On pensionne les veuves de guerre, on reconstruit, et un demi-siècle plus tard on ne voit plus les cicatrices de la dernière blessure. Un demi-siècle, qu’est-ce ? Deux générations d’êtres humains, sans plus.

Avec l’arme nucléaire il y a des produits de réaction, la radioactivité résiduelle, toutes ces saloperies dont les bombes nous gratifient et qui peuvent rendre des pays entiers, des continents, inhabitables pour des siècles, des dizaines de milliers d’années, voire plus. De terres rendues à ceux qui ont l’ADN solide, les scorpions par exemple.

Pour justifier cette industrie de guerre, on entreprend d’étendre les activités des réacteurs. Initialement conçus pour produire le plutonium des bombes, voilà qu’on en fait des générateurs d’électricité. La France joue un rôle de pointe et étend son parc.

Les années, les décennies passent. On découvre avec Tchernobyl et Fukushima la dangerosité folle de ces chaudières de l’enfer. Mais personne ne tire les leçons. Les réacteurs Japonais étaient installés au ras des flots. Ils le sont encore. L’inconscience, de nouveau, mène le bal.

Les Français ne réagissent pas encore dans ce domaine. Depuis des mois j’ai commencé à créer une suite de vidéos pour informer les gens. Les gens lisent de moins en moins. La vidéo, c’est le support de l’avenir. Je m’y suis mis. Allez regarder mon interview par Stéphane Allix à La science aux frontières du réel. Qu’un journaliste décide de m’interviewer intelligemment, c’est rare. C’est presque une première. Une seconde, en fait, car il y a eu le livre avec Bourret, issu d’une rencontre. Oui, je passe bien. Mais maintenant il n’est même plus besoin de journaliste, de plateau. On peut se débrouiller de manière autonome. Déjà 10 vidéos d’information scientifique sous le titre général JANUS.

Et l’énergie ? Ce sera la série suivante, avec très probablement un autre livre, avec Jean-Claude Bourret. Le titre ? « Nucléaire, suicide mode d’emploi ». Un livre urgent. Cela constituera une première réponse. S’il est un point sur lequel Mélenchon a raison, cent fois raison, c’est cette sortie urgente du nucléaire, avant qu’un réacteur de la région de Lyon n’explose, un jour de mistral, et que ceci rende toute la vallée du Rhône inhabitable.

Voyez-vous une piste intéressante pour la production d’énergie à grande échelle dans les recherches actuelles ?

Des solutions ? Nous en avons des milliers. Il faut dépenser de l’argent, créer des emplois, entreprendre des grands travaux.

Un exemple ? Couvrir les autoroutes de panneaux solaires thermiques, alimentant des turbines à gaz, elles même actionnant des alternateurs. Transformer tous les véhicules en hybrides, non pas seulement en les dotant de batteries, mais plutôt d’une perche rétractable qui leur permette sur les réseaux autoroutiers de puiser l’électricité, produite in situ, comme les auto-tamponneuses de nos enfances.

Il y a ça et des milliers, des millions d’autres solutions. A condition d’envisager, d’accepter de cesser d’être idiots, inconscients, irresponsables.

Ne pensez-vous pas que la centralisation soit un obstacle à la production d’énergie ?

On fait énormément de choses avec de l’énergie, surtout quand elle est renouvelable. On peut même, grâce à une production non centralisée, cesser d’être des esclaves pour redevenir des êtres humains, fiers de l’être et surtout fiers de pouvoir laisser à notre descendance un monde en meilleur état que celui dans lequel nous l’avions trouvé. Tant qu’à faire. On peut surtout arranger le mode de vie d’autres que nous avons délaissés et qui risquent de nous le faire payer très cher. Pourquoi ne deviendrions-nous pas optimistes, pour changer ?

Tout cela je vais l’écrire, le dire. En français et même dans les autres langues. Nous vivons à une époque où les citoyens prennent conscience qu’ils sont dirigés par des imbéciles. Il n’est pas trop tard, il est temps.

Jean-Pierre Petit,
Ancien directeur de recherche au CNRS