Le livre de Laurent Alexandre est semblable au Basilic de Roko, cette expérience de pensée mettant en scène une singularité bienveillante qui torturera tous ceux, même morts, qui n’ont pas aidé à sa venue. Comme le Basilic, l’ouvrage ne vaut pas grand-chose sur le plan logique, cumulant les hommes de paille, les approximations, les études non-sourcées, les prophéties et les arguments d’autorité. Comme le Basilic, l’ouvrage en dit long sur les peurs irrationnelles suscitées par l’IA, principalement au sein de l’élite cognitive, prétendument vaccinée contre l’obscurantisme par la rigueur scientifique. Enfin, comme le Basilic, l’ouvrage trouve son intérêt dans son contenu politique, presque métaphysique, à condition de le lire d’un œil dépassionné, capable d’extraire les avertissements pour notre temps, de la science-fiction omniprésente.

Le Dr Alexandre maîtrise bien son style habituel : faire peur pour susciter une réaction du public, puis des politiques à travers eux. Cette fois, le maire de Meaux, Jean-François Copé joue le rôle du politicien, plus mesuré, qui sait que la politique est l’art de louvoyer, non celui de renverser la table. Il adoucit l’alarmisme de la première partie, avec une idée derrière la tête : dompter la peur que suscite Laurent Alexandre pour annoncer un sauveur : l’Union Européenne. L’argumentation ne manque pas de contradictions et donne une impression de récupération politicienne. S’il pointe avec justesse le manque d’une vision à long terme incarnée dans un personnage fort et légitime, c’est pour mieux se réfugier chez les Commissaires Européens. La démocratie n’attendra pas l’IA pour mourir.

La conclusion partagée par les deux auteurs retient notre attention : c’est au politique de décider en matière de choix technologiques, à condition d’en posséder la capacité. Seules les puissances décident de leur avenir. Les auteurs ont raison de dire que le refus de tout progrès technique est intenable : nous serions vite colonisés et mis sous le joug de puissances plus avancées, qui nous imposeraient les technologies que nous refusions.

La France fait mine de vivre dans d’éternelles années 50, quand dans la Silicon Valley, le mouvement NRx envisage sérieusement une techno-dictature mécanique et barbare. Une classe cyborg dirigerait une armée d’esclaves biologiques sous l’œil d’une IA bienveillante. De son côté la Chine accole 1984 au Petit Livre Rouge, en créant un système de notation automatique des citoyens, conditionnant l’accès au logement, aux études, etc. Si nous perdons notre puissance, gage de notre indépendance, voici les Charybde et Scylla qui nous attendent.

Le livre cosigné par Laurent Alexandre et Jean-François Copé est loin de manquer d’intérêt, à condition de le prendre pour ce qu’il est : un pamphlet alarmiste, un coup de pied au derrière, destiné à sortir la France de sa torpeur, de sa non-puissance postchrétienne, de ses bons sentiments baveux et de son embourgeoisement sénile. Malgré son titre très mal choisi et ses deux parties assez inégales, il n’en reste pas moins une bonne lecture pour sensibiliser le public aux liens entre technologie, puissance et politique.

Enzo Sandré

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