Critique de Deux Ex : Mankind Divided

deus-ex-mankind-divided-couverture-logoDeus Ex : Human Revolution était un jeu équilibré, soulevant des questions sur le transhumanisme, tout en laissant le joueur y répondre. Le personnage de Jensen, augmenté malgré lui était parfait pour cela. Les trois fins possibles étaient d’une finesse suffisante pour alimenter un débat sérieux.

A l’inverse, Mankind Divided est une daube infâme. Dans ce jeu, nous retrouvons le même Jensen, dans un monde où les augmentés sont traités en parias et déportés, à la suite des évènements de Human Revolution. Les scénaristes ont arbitrairement choisi l’une des 3 fins possibles du précédent opus. La mission de Jensen est de déjouer un complot illuminati (oui, oui) visant à éliminer les augmentés !

Les missions secondaires sont sans saveur, la ville de Prague, petite et inintéressante. Human Revolution nous avait habitué à mieux : les immenses villes de Hengsha ou Detroit.
Les graphismes sont les mêmes que ceux du précédent opus, à quelques fantaisies près (histoire de justifier l’achat d’une carte graphique). Je jeu n’est pas toujours très fluide. Aucune nouveauté dans le gameplay, juste quelques gadgets assez inutiles.

Mankind Divided est une mauvaise œuvre de propagande, un jeu bâclé destiné à remplir les poches de son éditeur en débitant un scénario improbable et fade.

Le comble ? Le fil rouge du jeu est la dénonciation des mass médias servant de la propagande.

Fallout 4 : Le jeu vidéo dans la guerre des idées

Sorti le 10 novembre, Fallout 4 marque un tournant dans l’histoire d’une série déjà mythique. Bethesda vient de prouver sa capacité à proposer un jeu qui ne se résume pas à une quête linéaire aboutissant sur un happy end à l’américaine. Fallout 3 en avait déçu plus d’un, Fallout : New Vegas avait un peu rattrapé le tir, Bethesda n’avait pas le droit à l’erreur sur ce nouvel opus.

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Pour ceux qui ne connaissent pas la série, Fallout met en scène l’immersion d’un personnage sans talents particuliers dans un monde annihilé par une guerre nucléaire. L’humanité a survécu en se réfugiant dans des abris le temps de la catastrophe. Des groupes humains se battent sur les ruines des Etats-Unis, les sinistres « Terres Désolées », certains pour le pouvoir et l’argent, d’autres pour des buts plus nobles. Dans ce quatrième opus, le joueur incarne un personnage qui fut cryogénisé avec sa famille le jour où les bombes tombèrent.

L’histoire se déroule autour de ce qui fut Boston. Les habitants sont terrorisés par le croquemitaine local : l’Institut. Ce centre de recherches souterrain, héritier du MIT, n’hésite pas à kidnapper et à tuer pour faire avancer la science, seul espoir de l’humanité selon eux. Le personnage, cheminant pour retrouver son fils kidnappé va se retrouver obligé de prendre position pour ou contre l’Institut, qui ne manque pas d’ennemis. Contre ces dangereux scientistes on retrouve la Confrérie de l’Acier, armée technophobe se donnant la mission de protéger l’humanité contre elle-même, quitte à utiliser de la technologie de pointe pour cela. On retrouve également le Réseau du Rail, un mouvement d’affranchissement des intelligences artificielles, qui dénonce l’esclavage des machines par leurs créateurs. Enfin il y a les Miliciens, une milice en ruines que le joueur pourra reconstituer et utiliser comme il le souhaite. Les factions en présence ont un discours bien plus construit que dans les précédents opus. Le manichéisme de Fallout 3 a disparu pour placer le joueur face à des dilemmes. Aider une faction aura forcément des conséquences sur les autres, il n’est pas possible d’échapper au tragique.

Fallout 4 est bien plus amer, dramatique et réaliste que ces prédécesseurs. Il témoigne d’un véritable travail de recherche des scénaristes, afin de donner des discours crédibles à des factions autrefois trop manichéennes. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, il n’y a pas de favoritisme dans un sens où l’autre.

Cette oeuvre prouve qu’il est possible d’utiliser le medium vidéoludique pour traiter de sujet sérieux tout en divertissant le public. Le jeu vidéo utilise le principe de storytelling pour transmettre des messages aux joueurs. Le format RPG (Role Playing Game, jeu de rôles) s’y prête particulièrement bien, le joueur a l’impression de construire lui-même son histoire dans un monde aux contours dessinés par l’éditeur. L’engagement du joueur dans le jeu est décuplé par rapport à ce qu’un auteur peut attendre sur un article ou une vidéo. Le joueur se prend au jeu, y fait des choix en accord avec le personnage qu’il veut jouer et les conséquences de ces choix, apparemment logiques, lui sont en réalité imposées par l’éditeur, qui y fait passer son message en jouant sur le vraisembable.
Le potentiel des jeux vidéo pour la propagande commence juste à être compris par quelques éditeurs comme Square Enix ou bien Bethesda. Ce qui était pour l’instant un excellent outil marketing pourrait bien devenir dans les prochaines années une nouvelle arme dans la guerre des cerveaux.

Dans le monde réel comme dans les Terres désolées de Fallout, hélas :

War, war never changes.

Test d’Assassin’s Creed Unity

Moins manichéen que ses prédécesseurs, techniquement réussi mais historiquement passable, le dernier jeu de la série Assassin’s Creed se révèle bien plus intéressant qu’attendu.

Les augures étaient bonnes : ce cher Mélenchon ressorti de son placard pour critiquer un jeu; il ne pouvait pas être si mauvais que ça.Je ne m’attarderais pas sur les bugs, ne les ayant pas expérimentés sur ma machine, ni sur l’optimisation, très variable selon le hardware de chacun.

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Une oeuvre vidéoludique

La première chose qui frappe en se plongeant dans ce jeu est qu’il est beau. Paris est modélisé avec une myriade de détails, à l’échelle 1:1 s’il-vous plaît pour une zone délimitée par les Invalides, le Panthéon, la Bastille et l’ancienne Madeleine. Une ville vivante, même si les dialogues sont parfois un peu illusoires (les gens pensaient à manger, pas à crier « mort au tyran » à chaque coin de rue).Musicalement c’est cohérent et beau, la musique colle aux situations, l’ambiance électrique de la Révolution est parfaitement rendue dans la bande son.

La ville fourmille de quêtes, souterrains, personnages à rencontrer, bâtiments à explorer (premier jeu de cette série avec autant d’intérieurs accessibles).

Les modélisateurs comme les artistes ont fait un excellent travail pour ce jeu.

Un gameplay bien amélioré et plaisant

Assassin’s Creed souffrait de pas mal de défauts dans les opus précédents : la linéarité et la répétitivité du jeu, la course libre peu contrôlable, le manque d’infiltration pour un jeu d’assassins. Visiblement Ubisoft a entendu les plaintes des joueurs et en a pris compte. Le jeu fourmille de quêtes annexes variées et ancrées dans les anecdotes historiques parisiennes. La course libre a été grandement améliorée, si il reste quelques imperfections, le côté simiesque des déplacements a disparu. Le héros ne monte plus n’importe où de manière illogique.

Enfin l’infiltration occupe la place qu’elle aurait toujours du occuper dans un jeu de ce genre. Même si un mode difficile manque avec des ennemis plus réceptifs et réactifs, il n’est désormais plus possible de foncer dans le tas face a des ennemis de même niveau, sous peine de mort.

Le mode coopératif est très intéressant pour peu de jouer avec des amis. La sélection aléatoire tombe souvent sur des joueurs mauvais ou indisciplinés.Le coté RPG Coopératif est intéressant avec de l’équipement permettant de choisir un style de jeu.

Historiquement incorrect

Sur le plan historique, le jeu présente un bilan mitigé, voire désastreux par moments.

Une mission fait par exemple fait la déplorable erreur de dire que les hébertistes furent des « fanatiques royalistes ». Le peuple tient des discours incohérents pour l’époque, se préoccupant plus de grandes idées que du manque de pain. Le jeu laisse penser que l’Ancien Régime était dépourvu de justice (le héros est embastillé pour un meurtre qu’il n’a pas commis, sans aucune forme de procès). La narration n’hésite pas à invoquer le mot « peuple » à toutes les sauces, oubliant les inégalités criantes entre la bourgeoisie (absente du jeu) et le bas-peuple.

Le jeu présente des points positifs néanmoins, la noblesse et le clergé ne sont pas caricaturés outre mesure. Beaucoup de figures de la révolution ont l’image qu’ils méritent, Mirabeau, Robespierre, Bonaparte ou encore le Marquis de Sade, rendu à merveille !Le roi Louis XVI est représenté assez justement. Il est mal préparé au trône, dans une époque impitoyable et mouvementée et cela ressort bien.

La barbarie de la Révolution est omniprésente, que ce soit avec les radicaux violents ou par le biais de scènes comme les massacres de Septembre.

Idéologiquement mitigé

Il ne faut pas se leurrer, ce jeu reste un Assassin’s Creed, avec le message anarchiste que la série propage depuis le début. Le jeu se conclut par un message d’un athéisme déplorable, les missions moralement douteuses sont légion (voler des calices consacrés pour s’infiltrer dans le culte de Baphomet …). Le jeu est néanmoins assez délicat pour ne pas tirer sur l’Église, reconnaissant même qu’elle partageait la misère de ses fidèles.La fin du jeu prend même la forme d’un dialogue entre le Grand Maître des Templier parlant de « progrès inéluctable » et les assassins, prônant le libre arbitre face à un destin imposé d’avance. Serait-ce une représentation du la querelle du libre-arbitre et de la grâce ?La plus grande surprise de ce jeu est qu’il n’est pas frontalement anti-monarchique, même si il fait passer la monarchie comme dépassée par la « Liberté » selon les moments. Louis XVI est bien décrit comme victime d’un procès truqué, ses derniers mots où il espère que « son sang servira à cimenter le bonheur des français » ne sont pas oubliés. Les déclarations des Templiers sont même complètement inespérées : « Lorsque la mitre et la couronne tombent c’est l’or qui détermine qui a le pouvoir ».Les Templiers en eux-mêmes montrent les rouages qui ont amené à la révolution. Durant tout le jeu ils manipulent le peuple, jouent sur les cours du grain, paient des orateurs, incitent au massacre, assassinent les modérés … La Terreur est leur œuvre.

Conclusion

Techniquement c’est une réussite. On peut regretter le manque d’experts historiques sérieux (ils ont travaillé avec seulement 2 référents, dont un niant le génocide vendéen). Idéologiquement on peut trouver des points très positifs, même si Assassin’s Creed nous réchauffe la même soupe libertaire et anarchiste. Impossible de se positionner dans ce conflit autrement que pour la Liberté abstraite. Ce jeu est moins manichéen que ses prédécesseurs mais reste encore assez moyen sur ce plan.

Néanmoins, d’un point de vue personnel, je recommande ce jeu, très plaisant à jouer et moins mauvais que ses prédécesseurs sur bien des points.

Si je devais le noter, ce jeu aurait un 16/20.