Emprisonnons les mauvais développeurs

 Dans toute profession, on peut voir le travailleur de deux manières. Soit on le considère comme un ouvrier, simple paire de bras reliée au cerveau de son chef. Soit on le considère comme un artisan, humain constitué d’un encéphale fonctionnel relié à une paire de bras.

Ce débat peut paraître lointain, mais quand on pose cette question à propos d’une profession qui dirige le monde, elle prend une gravité certaine. La condamnation vendredi 25 août du développeur James Liang, à 40 mois de prison et 200 000€ d’amende pour son rôle dans l’affaire Volkswagen le montre.

Soit on considère le développeur comme un exécutant, donc irresponsable de ce que son donneur d’ordre lui demande.

Soit on le considère comme un artisan, responsable de ses actes et des effets des monstres qu’il créé.

Préférez-vous confier votre pacemaker, votre voiture autonome et votre centrale nucléaire à des professionnels du développement ou à des esclaves du capital ? Les premiers obéissent à des règles de l’art ainsi qu’à une éthique. Les seconds obéissent aveuglément à leur chef, qui n’y connaît rien et ne jure que par la rentabilité.

La conséquence directe de ce choix est le droit ou non des développeurs à se diriger eux-mêmes. Un ouvrier n’a aucune compétence propre, il est une paire de bras. Il n’a pas de devoirs, donc pas de droits non plus. Son rôle social est au mieux celui d’un syndiqué se battant pour des conditions de travail décentes.

Un artisan est un professionnel qui a le devoir de produire un travail bon et utile à la société, il doit donc exiger des droits allant dans ce sens. Le premier est celui d’être protégé par des normes que nul ne peut ignorer : les règles de l’art. Le second est celui d’être jugé en première instance par ses pairs, sur la base desdites normes. Le troisième est celui d’être défendu et conseillé par les maîtres de sa profession, y compris face à son donneur d’ordres lorsque l’éthique professionnelle est en jeu.

Si notre ami James Liang avait eu un corps de métier pour le défendre face aux exigences frauduleuses de ses supérieurs, aurait-il accepté de trafiquer les véhicules ? Isolé, le lanceur d’alertes risque le licenciement, la ruine et la prison. Les règles de l’art opposables protègent le professionnel, elles ne sont pas un carcan. Le but premier d’un corps de métier est la diffusion de celles-ci afin que nul ne puisse les ignorer.

Une société qui interdit les ordres professionnels n’a pas le droit de se plaindre des méfaits de travailleurs toxiques. Au pire malhonnêtes, au mieux sans défense face aux exigences de leur hiérarchie, ils sont la conséquence de la recherche du profit à tout prix. Les premiers doivent être jetés en prison, les seconds doivent être défendus et accompagnés.

Derrière la question de la responsabilité des travailleurs devant leurs actes, deux visions de la société s’opposent : la première bâillonne l’éthique au nom de la rentabilité, pavant la voix à une véritable voyoucratie du capital. La seconde jugule les pratiques néfastes au nom de l’éthique et du bien commun. Avènement de corporations servant le bien commun, ou triomphe du Capital. Aucune autre alternative n’existe.

Enzo Sandré

Google au secours des obèses de l’Internet

QUIC, SPDY et maintenant BBR. Les initiatives de Google sont louables, mais vaines.

Pour prendre une image : C’est comme agrandir les portes pour laisser passer les obèses. Quand ils auront encore grossi ils ne passeront plus. De plus l’agrandissement des portes n’apporte rien aux gens bien-portants et peut même en inciter certains à se laisser aller puisqu’il est aussi facile de vivre obèse que sain.

La seule solution pérenne capable de sauver la neutralité du net et Internet en général, c’est de dégraisser.
Non, une page web de 1Mo n’est pas normale. En comparaison, les œuvres complètes de Shakespeare pèsent 100 fois moins !
Même une vue Google Maps ne dépasse pas 500ko.

Mais pour ça encore faudrait-il que les développeurs web se forment à ne plus être des porcs. Il faudrait d’abord qu’ils aient conscience d’être d’ignobles saligauds, ce qui pose la question de créer un label de qualité, voire de réglementer l’accès à la profession pour les pires d’entre eux.

Salopez le serveur avec votre code bancal c’est vous qui payez, mais ne refilez pas votre chtouille au client. Si votre site ne peut pas être chargé en moins de deux secondes par la mamie du Cantal sur son ADSL (1Mb/s) c’est de la merde. Point, fin du débat.

Les administrateurs réseau se cassent le cul depuis 20 ans à accélérer le web. La seule réponse des devs web a été d’alourdir encore les pages. C’est comme si les constructeurs automobiles avaient profité de la sobriété en carburant des nouveaux moteurs pour créer des bagnoles à 24 cylindres.Très responsable comme comportement.

Je n’épargne pas les graphistes, qui ont pris tellement de drogues ces dernières années qu’une page doit à minima avoir 3 carrousels et 2 images en 4K et 18 feuilles de style pour être considérée comme belle. Même Pieter Bruegel faisait moins chargé que vos bouses.

Lussato avait averti dans les années 80 : soit l’informatique s’amende, s’allège et privilégie les microsystèmes décentralisés, soit elle crèvera de sa centralisation et de son obésité, devenant le jouet exclusif de quelques multinationales. Et ce sera bien fait.

Enzo Sandré

Lire ou relire : Théodore Kaczynski

Théodore Kaczynski, plus connu sous le pseudonyme d’Unabomber, est un penseur néoluddite et un terroriste américain. Il est l’auteur du manifeste La Société Industrielle et son Avenir, synthèse de penseurs comme Jacques Ellul ou Georges Bernanos. Il défend la destruction complète de la société industrielle au motif qu’elle asservit inéluctablement l’homme.

J’ai souhaité écrire cet article suite à la relecture des œuvres d’Unabomber. Il est l’auteur qui m’a poussé à étudier la technique au travers d’Ellul, Mumford, Illich et d’autres. Je lui dois mon intérêt pour le phénomène technicien et souhaitais le relire, quatre ans et de nombreuses lectures après. Cet article présente les deux faces indissociables de Kaczynski : le penseur et le militant.

Le militant

Sa carrière de terroriste est entièrement ordonnée à la diffusion de sa pensée. L’analyse de ses actes révèle une intelligence stratégique et une méticulosité hors du commun. Kaczynski commence par envoyer une série de colis piégés assez artisanaux, afin de créer une agitation médiatique. Il prend bien soin de ne laisser aucune trace et se paye même le luxe de semer des fausses pistes. Après cela, il se retire pendant 6 ans, créant une attente immense auprès du grand public. Il aurait employé ce temps à peaufiner son manifeste.

 

La seconde phase commence en 1993 lorsque le criminel le plus célèbre des Etats-Unis refait surface. Prenant appui sur son immense renommée, il démarre une nouvelle campagne d’envoi de colis piégés, cette fois létaux et accompagnés de lettres. Il demande la publication de son manifeste, en échange de quoi il cessera de tuer. Faute de pistes sérieuses, le FBI recommande d’accéder à son souhait, dans l’espoir que quelqu’un reconnaisse l’auteur du manifeste.

Confondu par son frère, Kaczynski est arrêté le 3 avril 1996 dans sa cabane. Il a 54 ans, son manifeste est publié et ses actions terroristes ont donné à ses idées un écho gigantesque. Le dernier tour de force de Kaczynski fut d’être reconnu sain d’esprit lors de son procès, contre l’avis de nombreux psychiatres, tout en évitant l’exécution. Une irresponsabilité pour démence aurait été un accroc majeur dans la diffusion de ses idées.

Depuis sa cellule Kaczynski a publié plusieurs ouvrages, dont une version actualisée de son manifeste. Il communique avec ses contradicteurs et continue de rayonner. Il s’est fait capturer à un âge ou sa force physique devenait incompatible avec la vie sauvage. Sans doute envisageait-il la prison comme une retraite, qu’il pourrait employer à diffuser sa pensée. Il n’avait de toutes façons pas d’autres alternatives.

Nonobstant la question morale, la carrière d’Unabomber est un sans-faute. La succession de ses actes est une partie d’échecs : actions, retraites, tout est pensé longtemps à l’avance. Kaczynski laisse peu au hasard et déploie toute la force de son intelligence au service de sa cause. Il est bien loin de l’image du fou aveugle véhiculée par les médias. Si nous écartons son mode d’action, il est un exemple de militant efficace.

Le penseur

Dans l’imagerie médiatique, Unabomber est un tueur nihiliste, tentant de justifier ses actes par une pensée incohérente. La lecture de son manifeste révèle au contraire une réflexion certes radicale, mais très profonde, puisant ses racines dans des auteurs français et américains. La pensée de Kaczynski est une vulgarisation de celle de Jacques Ellul, il puise des inspirations dans La France contre les Robots de Bernanos et utilise des expressions propres à Lewis Mumford, Sigmund Freud ou bien Aldous Huxley.

Kaczynski résume lui-même sa pensée en quatre maximes :

  1. Le progrès technologique nous conduit à un désastre inéluctable ;
  2. Seul l’effondrement de la civilisation moderne peut empêcher le désastre ;
  3. La gauche politique est la première ligne de défense de la Société technologique contre la révolution ;
  4. Ce qu’il faut, c’est un nouveau mouvement révolutionnaire, voué à l’éradication de la société technologique, et qui prendra des mesures pour tenir à l’écart tous les gauchistes et consorts.

Tout au long de son manifeste, dans un style simple, clair et sans concessions, Kaczynski développe sa pensée. Loin d’être un pur théoricien, Kaczynski explique concrètement comment pousser la société industrielle jusqu’à son point de rupture, afin de la détruire pour qu’elle ne réapparaisse plus. Il est un militant et ce document est destiné à d’autres militants. Il ne croit absolument pas au pouvoir des masses, mais à celui des minorités agissantes, à qui il s’adresse.

Beaucoup de ceux qui n’ont pas lu Kaczynski le prennent pour un primitiviste et rejettent à raison cette pensée. Pourtant celui-ci a bien pris soin de se distinguer de ces derniers, notamment dans une série de lettres à John Zerzan. Unabomber ne souhaite pas un retour à l’âge de pierre, mais une société décentralisée, composée de paysans, d’éleveurs, de chasseurs et d’artisans, vivant en petites communautés et usant d’une série de techniques simples, dont la portée ne dépasse pas les terres environnantes. Il reprend la distinction entre Technique et techniques faite par Ellul, sous le vocable plus clair de « techniques cloisonnées » et « techniques systémiques ». Une technique cloisonnée est, pour lui, une technique pouvant être mise en œuvre par une poignée d’artisans et utilisant les ressources produites par les terres environnantes. Une définition fort intéressante à la veille d’une crise majeure de l’énergie, qui pourrait bien sonner le glas d’une révolution industrielle somme toute très récente à l’échelle des temps humains.

Enzo Sandré

Indispensables corporations

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Costume-cravate, honnêteté, politesse : il devient compliqué de reconnaître nos chers taxis parisiens ! Quel dommage qu’il faille une agressive entreprise étrangère pour que la profession se remette en cause. Que de temps perdu, d’argent gâché et de drames pour arriver à un résultat qui n’est somme toute que le simple bien commun.

Avant la crise, personne n’a voulu voir le problème, pendant la crise, personne n’a voulu le traiter efficacement, après la crise, personne n’a eu la folle idée de se remettre en question. Ni l’état ventripotent, ni les entreprises mues par le profit, ni les fédérations oligarchiques, ni les syndicats borgnes n’avaient les cartes pour agir. Chacun a ses intérêts propres, s’affrontant par-ci, se recoupant par-là, mais aucune n’a l’intérêt de la branche pour boussole.

L’intérêt de la branche est l’intérêt commun des acteurs physiques de cette branche, sur le long terme. Ils ne sont pas défendus et ce manque est une des faiblesses de notre économie. Désunis, les français sont à la merci de l’étranger, l’affaire Uber le montre. La défense économique d’une branche requiert d’abord l’union interne.
L’union interne requiert de rassembler autour d’une tables toutes les personnes physiques d’une branche : ce que l’on nommait jadis une corporation.

Il ne s’agit pas de ressusciter les institutions aujourd’hui dépassées du XVIIIème siècle. Il s’agit d’en reprendre l’essence afin de créer des corps intermédiaires adaptés au XXIème siècle. Aucun autre type de corps ne peut défendre le métier aussi bien que la corporation. Aucun autre type de corps n’est légitime pour juger les professionnels peu consciencieux. Aucun autre type de corps n’est compétent pour règlementer le métier.

L’état est bien trop éloigné des considérations des métiers pour être légitime à les gouverner. Il ne doit pas se disperser s’il veut exceller dans le régalien, qui n’est pas contingent. Or l’état français fait tout l’inverse : il s’immisce pour des raisons électoralistes dans les affaires courantes des branches professionnelles au détriment du régalien. La loi devient une rustine sur un pneu déjà trop chargé.
Les entreprises n’ont en aucun cas l’intérêt de la branche pour boussole. Leur but est le profit, qui parfois passe par des licenciements ou par une guerre avec la concurrence nuisible au métier. La règlementation du lobbying fait entendre la voix du plus riche, au détriment de la majorité silencieuse.
Les syndicats sont chargés de défendre le patronat ou le salariat, dont les intérêts sont parfois contraires à l’intérêt commun des deux. La négociation entre syndicats patronaux et salariaux prend une forme de bras de fer, faute d’arbitre.

Chacun de ses corps existe et a son utilité, mais il manque un corps rassemblant les professionnels eux-mêmes, dans leur diversité et leur unité. Il manque un corps qui mette autour d’une table à égalité les employeurs, les employés, les indépendants et toute personne exerçant effectivement un métier. Or depuis la Révolution Française, de tels corps sont interdits par des lois liberticides, au motif qu’ils entravent la libre-concurrence. Le droit de mal travailler, au détriment du client est une réalité. Le droit des gens de métier à se gouverner eux-mêmes est sacrifié sur l’autel d’une idéologie du marché et de la libre-concurrence fantasmagorique.

Les gens de métier ont le droit de se gouverner eux-mêmes. Malgré la loi, vive le pays réel, vive les ordres professionnels et vive les corporations !

Qu’est-ce qu’un développeur ?

Je suis un développeur. Cette phrase est une évidence désormais pour moi-même et mes collègues. Mais en quoi consiste la profession qui se cache derrière ce terme ? Cet article tente une définition du développeur, d’où qu’il vienne et où qu’il soit. Il exclut ceux qui sont passés du côté managérial de la force car ils n’ont plus le même métier.

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Il est évident que le développeur est à classer dans le secteur tertiaire, selon la classification communément admise. Le développeur apporte une solution technique, majoritairement sous forme de code, c’est à dire de donnée (un traitement est une donnée), à partir de matière grise et d’outils informatiques. Son métier n’a aucun lien direct avec le monde des objets physiques. Il ne peut avoir un lien avec celui-ci qu’en contrôlant des objets électromécaniques ne faisant pas partie de son domaine de compétence propre. Il ne travaille que dans le monde du logiciel.

Le travail

Le travail du développeur est en 3 parties, souvent confiées à d’autres acteurs à mesure que les équipes grandissent :

  • Il doit tout d’abord analyser et comprendre un problème. Parfois le problème doit être extrait des pensées confuses d’un non-technicien ce qui n’arrange rien. Heureusement le chef de projet a été inventé pour le dialogue client ! Si l’équipe ne travaille pas avec les méthodes agiles, un cahier des charges est produit puis validé par le client.
  • Le développeur doit ensuite trouver une solution technique à un besoin et la traduire en code. Dans les équipes de taille réduite c’est le développeur qui découpe son travail lui-même. Plus la taille augmente, plus il est cantonné à une partie infime du tout.
    Cette partie est le cœur nucléaire du développement (ou l’usine à gaz, c’est selon), l’analyse et la programmation sont la définition même du métier. Ici le développeur utilise son intelligence pour reproduire sous forme de traitements informatiques le comportement attendu dans les spécifications de la tâche qui lui est attribuée. Il utilise pour cela, des notions théoriques, son expérience mais aussi sa vision des choses et sa manière de penser.
  • La troisième partie est la livraison : la solution technique doit être rendue disponible au client. Cette partie comprend l’installation, la documentation et la démonstration. Dans les équipes de taille supérieure, des personnes sont attribuées spécifiquement à cette tâche. Le débogage éventuel, qui suit cette phase, entre dans la même catégorie que la production technique initiale. Le bug est la conséquence d’une malfaçon (humainement normale ou non).

La formation initiale

La formation d’un développeur est assez hybride, entre une formation d’ingénierie et une formation artisanale. Très souvent, surtout en école privée, le développeur est également formé au management, en vue d’une évolution future vers des postes de ce type. Dès son premier jour de formation, souvent même avant, le futur développeur pratique la programmation. La conception n’est pas encore une préoccupation pour lui mais rapidement, par l’échec pratique et la formation théorique, l’apprenant va commencer à concevoir des systèmes de plus en plus complexes, réutilisables, interopérables et maintenables.

La virtualité du code détermine le mode de formation. C’est parce que coder n’a pas d’autre conséquence sur le monde réel que de consommer de l’énergie, que le développeur peut échouer et recommencer tant qu’il le souhaite, avant de rentrer dans le monde professionnel où son temps devient de l’argent.

Deux grands courants s’affrontent concernant l’instruction des développeurs : l’approche projet et l’approche magistrale.

Pour les tenants de l’approche projet, l’apprenant doit au cours de son cursus, mettre en application ses compétences dans des projets encadrés. Il sera noté à la fois sur ces projets et sur des compétences théoriques dispensées pendant des cours. Cette approche a l’avantage d’harmoniser le niveau technique d’une promotion, mais au prix de la créativité des plus entreprenants.

L’approche magistrale, elle, ne note que sur les compétences théoriques. Elle laisse à la curiosité des apprenants l’apprentissage pratique. Son inconvénient principal est d’avoir en sortie des niveaux assez disparates de compétences pratiques, variant selon la curiosité de chacun. Pour cela, elle se retrouve plus dans les facultés que dans le privé, qui souhaite maintenir une « cote » homogène à son diplôme.

La profession n’exclut pas les autodidactes, bien qu’ils puissent avoir plus de difficultés à entrer et à progresser dans l’univers de la grande entreprise.

La formation continue

La formation d’un développeur n’est jamais terminée. A moins qu’il ne travaille dans le seul entretien d’un existant sénescent (COBOL, vieux mainframes …), le développeur a le devoir de se tenir informé des nouvelles technologies du numérique en général. Le développeur étant souvent technophile (technocritique à minima) cette partie ne lui pose en général aucun problème.

La seconde obligation du développeur est de ne jamais arrêter son entraînement. A l’image des maîtres des anciens Métiers, il doit toujours être en recherche de l’amélioration. Le développeur est un véritable artisan : le seul moyen qu’il possède d’augmenter sa productivité est de s’améliorer lui-même, nulle machine ne peut remplacer l’essence de son métier qui est de concevoir (lorsque ce jour sera venu, il faudra sérieusement s’inquiéter).

Si le développeur doit tendre à la perfection individuelle, la même chose vaut pour l’équipe. La méthode utilisée, en revanche, diffère fondamentalement selon que l’on se trouve dans une petite équipe ou dans une équipe plus grande. Dans une petite équipe, l’amélioration se fera principalement par la discussion et la découverte de synergies entre les membres. Dans une équipe plus grande, il est impensable qu’un développeur connaisse bien tous ses collègues ! L’amélioration des performances devient une question organisationnelle dépendant de la hiérarchie. Elle passe souvent par une division du travail et une standardisation des environnements et méthodes. Le développeur a moins son mot à dire.

Les outils

Pour son travail le développeur utilise un ordinateur. Cela paraît idiot à dire mais mérite d’être dit car cela inclut deux choses : l’ordinateur comme interface physique (clavier, souris, écran(s)) et l’ordinateur comme plateforme logicielle. L’efficacité des deux influe sur la productivité du développeur.

Le développeur accomplit sa mission en utilisant un ou plusieurs langages de programmation. Ils sont traduits en langage machine par un compilateur ou un interpréteur. Très souvent, le développeur entoure cet outil fondamental d’une suite d’autres outils, qui constituent son environnement de développement. Dans les faits, la multitude des options de configuration permet de ne jamais trouver deux développeurs avec exactement le même environnement. Si, pour garantir la cohérence d’une équipe, certains outils doivent être partagés, la majeure partie est entièrement personnalisable. Même dans les équipes massives le développeur ne sera jamais complètement standardisé.

La productivité de l’environnement est un facteur majeur de productivité du développeur. Avec cet environnement il va produire du code de deux types : applications et modules. Les applications sont destinées à un usage précis et sont un agrégat de modules, cimentés par du code. Les modules sont, eux, destinés à être réutilisés dans plusieurs applications, ils peuvent être considérés comme des outils et comme des sous-produits.

Les modules sont un facteur crucial de la productivité d’une équipe de développeurs. Ils permettent de ne pas réinventer la roue à chaque fois, en posant des interfaces simples sur des procédures plus complexes. Ils ont également l’intérêt de factoriser le code : un module crée une fois peut être appelé dans plusieurs parties d’un code. Enfin, ils le remplacement aisé de parties d’un programme, en minimisant les changements à opérer sur le tout.

Rapport au travail et à l’emploi

Le développeur est un employé de bureau, qu’il travaille dans des locaux d’entreprise, chez lui ou bien en nomade. Son rapport à l’emploi est exactement le même que pour un employé de bureau classique et dépend fortement de la structure dans laquelle il choisit de travailler. Le poste et la mentalité d’un développeur change radicalement selon qu’il soit dans une PME ou une grosse structure. Son appréciation de son travail dépend principalement de la taille de l’équipe à laquelle il est intégré.

Un point cependant change fondamentalement par rapport à l’employé de bureau, point qu’il peut partager avec l’ingénieur ou le chercheur : Le rapport du développeur à son travail est essentiellement d’ordre artisanal. Le développeur s’identifie plus volontiers par ce qu’il fait, que par où il le fait. Chez le col blanc « classique » c’est l’entreprise et la position hiérarchique qui identifient la personne. Ce penchant artisanal se retrouve également dans les projets personnels, plus ou moins nombreux et achevés, que le développeur réalise en extra-professionnel, caractéristique que l’on retrouve chez certains artisans.

Un développeur travaillant en grande entreprise a tendance à faire partie d’équipes plus grandes, tenant souvent plus de la chaîne de montage que de l’équipe humaine. Cela n’est pas toujours vrai mais ça change le rapport qu’il peut avoir à son travail : en grande équipe il s’identifie plus par sa position, tel l’employé de bureau, que par ses réalisations. Le développeur qui ne travaille que sur une petite partie d’un tout sans en avoir forcément une vision d’ensemble, aura bien plus de mal à s’y reconnaître.

Le pouvoir

Le développeur est un technicien : c’est-à-dire qu’il est formé à des techniques auquel le commun des mortels ne comprend rien. Il a donc un ascendant sur l’utilisateur final non-technicien. Dans beaucoup de situations, le conseil est une obligation légale. Dans le reste des cas, c’est au développeur en son âme et conscience de décider quel degré de transparence, d’honnêteté et de pédagogie il appliquera.

Le technicien-développeur produit du code. Ce code n’est pas neutre : il impose à l’utilisateur la vision du commanditaire, déformée par le développeur. Lorsque les traitements dans l’entreprise sont entièrement manuels, l’empirisme et le ressenti produisent des méthodes de travail relativement souples, sauf ordres stricts de la direction. Lorsque l’on remplace l’humain par l’ordinateur il se produit une réduction de la créativité. L’ordinateur est aussi créatif que drôle. La créativité d’une équipe humaine est bridée par la rigidité de la machine. Si le développeur à le pouvoir d’assouplir et de rendre ergonomiques ses solutions, jamais il ne pourra s’empêcher d’imposer de la rigidité.

Le code n’est pas non plus sans conséquences économiques. En particulier le code de mauvaise qualité. La gravité économique de la sous-qualité dépend de deux facteurs : la criticité de l’application et l’ampleur des défauts. Le principe de Peter est fondamental lorsqu’il s’agit de manager des développeurs. Un mauvais développeur placé à un endroit stratégique peut couler, ou gravement handicaper, une entreprise. Mieux vaut pas d’outil informatique du tout, qu’un outil qui représente une perte de productivité à un poste donné. D’autant que le développement à un coût non-négligeable.

Conclusion

Le développeur est une sorte d’hybride entre deux tendances : l’artisan-codeur et le salarié du tertiaire. Le poids de chaque tendance varie selon le contexte de travail. Armé d’un ordinateur et de son cerveau, le développeur va, seul ou en équipe, bâtir les briques de la société de l’information, colonne vertébrale de nos sociétés post-industrielles. Tout, aujourd’hui, est informatisé. Si la technique informatique n’est pas neutre en elle-même, les traitements informatiques le sont encore moins car elles sont des œuvres humaines. L’humain derrière chaque application se trouve être un développeur, avec ses compétences, son éthique, sa vision du monde, sa manière de travailler et ses idées. Si ce qu’il réalise est soumis à des contraintes (contractuelles, physiques, informatiques), il joue néanmoins un rôle majeur dans la manière dont se dessine la société de demain, rôle proportionnel à la place qu’occupe l’informatique dans celle-ci.

Du transhumanisme

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L’enfer technicien est pourtant pavé des meilleures intentions. On nous promet abondance, bonheur et santé grâce à la machine. C’est tout juste si tel un marabout-de-boîte-aux-lettres l’expert ne nous promet-il pas la chance et la guérison de la calvitie ! Même speech en somme que pour toutes les techniques du passé, le téléphone, le nutritionnisme ou le nucléaire.

Mais c’est oublier les risques – inhérents à toute technique – et l’aliénation de l’homme : le cerveau humain fonctionne de manière chaotique et partiellement rationnelle quand la machine est procédurale et pleinement rationnelle.
Comment le cerveau humain, qui ne vit et ne créée que grâce à sa part d’irrationnel, y survivrait-il ? Vouloir mélanger les deux, c’est ouvrir la boîte de Pandore, c’est créer un hybride viable,  certes, mais à quel prix ! Nous perdrions une grande partie de notre libre arbitre, les décisions revenant à la machine greffée en nous, en fait à l’entreprise qui la vend. Ce que notre corps gagnera, notre esprit le perdra. Notre âme, après avoir été niée par des siècles de nihilisme, sera irrémédiablement dissociée de notre corps. 

Les buts

L’état, ce monstre amorphe devenu le jouet des gardiens du savoir, nous attend au tournant : il ne prendra ni plaisir ni haine à éradiquer notre humanité pour faire de nous les bons soldats du capital. En effet un des buts officieux du transhumanisme est l’augmentation de notre productivité, dont la contrainte majeure est actuellement nos limites physiologiques. La suppression de la chaîne de commandement, le rapport direct entre l’individu et le gouvernant est un autre but officieux. Nul besoin d’intermédiaires, de buts, d’idéaux ou de capos lorsque l’esprit est asservi, contrôlé et surveillé par la machine. Même Orwell n’avait pas été aussi loin, cela le dépassait.

Qui passera le Styx ?

Le nouveau transhumain dépassera l’humain dans toutes ses capacités physiques (voire mentales ?), ce qui est bien plus inquiétant que réjouissant : Ce ne sont pas en effet les grands d’âme qui souhaiteront souiller leur corps et aliéner leur esprit de cette manière.
Les futurs transhumains le deviendront par envie, par contrainte ou par stupidité; Cette lie de l’humanité insatiable de pouvoir que nous ne connaissons que trop dans notre monde bourgeois décadent, ces pauvres hères enchaînés aux contraintes de leur non-existence moderne et ces chèvres confondant être et avoir : voilà les potentiels transhumains.

L’élite errante

Les premiers sont les plus dangereux : nous parlons de gens déjà capables de vendre leur âme au démon pour plus de pouvoir. La sorcellerie est déjà le lot commun de beaucoup de ceux-ci. Le transhumanisme ne les rendrait que plus nuisibles et inamovibles.
Le rêve de tous ces gens est d’être immortels, sur un tas d’or et de cadavres toujours grandissant. Ils n’ont déjà plus d’âme, ils n’ont rien à perdre en accueillant la machine en eux.
Cette engeance sans noblesse ni scrupules est déjà acquise au technicisme et au Malin. La chute viendra par eux. Ils sont déjà au pouvoir; Ils choisissent les orientations de la recherche et de l’industrie.
Leurs langues sont dorées afin de faire passer pour de la charité et de la bonté ce qui n’est que leur soif de pouvoir et d’ascendant sur le bas peuple. Ils feront passer l’homme-machine comme le salut pour les malades et les invalides ; ils feront pleurer dans les chaumières pour mieux vendre nos larmes au prix du fiel.

Les damnés

Les seconds ne changeront jamais, éternels damnés du monde des vivants. Opprimés depuis leur naissance, ils sont incapables de s’affirmer, de se libérer et de se dresser debout sur le tas de ruines qu’est leur vie après une existence de compromis et de soumission.
Ils sont prêts à accepter toutes les horreurs à condition qu’on les y amène progressivement et qu’on leur jette un os insignifiant en échange. En faire des machines ne sera qu’une étape de plus vers la perte de leur humanité.
Ils serviront en soupirant et en pestant, mais serviront tout de même ces maîtres ignobles et laids. Ils iront jusqu’en Enfer si la pente est suffisamment douce et qu’on leur promet le Paradis au bout du chemin.

Les consommateurs béats

Les troisièmes font partie des dégâts collatéraux de la modernité. Je ne pense pas qu’ils valent la peine de s’attarder sur eux, même par charité. Ce sont des zombis, obéissant à la seule musique du joueur de flute médiatique.
Ils sont les hommes réifiés, charmés et fascinés par la technique. Ignorants de tout et passablement heureux par ce fait, ils ne survivraient pas en dehors du monde moderne. Ils ne feront pas qu’accepter leur robotisation, ils courront vers elle pour peu qu’on y appose une marque branchée et un prix prohibitif, fiers de bouffer du surgelé pendant 10 ans pour se payer leur aliénation à prix d’or. Ceux-là en réalité ne sont pas seulement égarés, ils sont déjà au fond du gouffre et ne font que consommer lentement ce qu’il leur reste d’humain.
Vouloir les sauver est certes très noble, mais revient à vouloir vider un lac avec une louche. Tant que la source ne sera pas tarie il en poussera plus qu’il n’en faudrait à notre monde malade.

Les combattants

Qui restera-t-il pour refuser la machine ? Une poignée de Mohicans, ceux qui déjà résistent, moins ceux qui tomberont dans ce combat, quelles qu’en soient les raisons. Accepter de devenir transhumain au prétexte de se mettre au niveau de nos adversaires est une faute impardonnable. Un transhumain est certes puissant mais n’a plus toute sa raison ni toute sa volonté propre. Il est donc le jouet de nos adversaires, créateurs de ces techniques.
Il faudra aussi tâcher de sortir nos contemporains des sables mouvants du progrès. Certains, surtout les plus enracinés, sont lucides, mais n’arrivent pas à poser de mots sur leur ressenti. Il conviendra de les informer des dangers du transhumanisme ainsi que des justifications mensongères que les vipères qui nous gouvernent useront pour persuader les crédules et les ignorants.
Sur ce combat, contrairement à d’autres, une minorité de combattants ne fera pas pencher la balance seule. Il faut le soutien – passif à minima – des masses dormantes.

Un humain qui se robotise fait une opération irréversible, tant sur son corps que sur son esprit et devient perdu à jamais à notre cause au profit de nos adversaires. Il sera contrôlé à degré variable par nos ennemis pour mener leur combat, donc notre perte.
Si la majorité se réifie complètement, nous n’aurons plus qu’à nous coucher par terre en attendant d’être tués ou bien mis en réserve comme Huxley l’avait écrit. Nous ne pourrons plus rien changer, car la foule passive qui permit les basculements passés sera devenue une armée de robots, actifs dans le sens de l’ordre en place.

Ce qui nous placera dans un dilemme insoluble : se déshumaniser en croyant être efficace et se fondre dans la masse, ou bien mourir en cage au milieu des robots.

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Envoyez-là par La Poste, en double enveloppe, la seconde à l’envers dans la première.
L’analogique coûte bien trop cher pour pouvoir le surveiller massivement.
Une enveloppe simple protège très mal, il est peu difficile de glisser une caméra dans l’enveloppe en cas de doute (destinataire ou expéditeur fichés par exemple).
Pour un maximum de sécurité, n’hésitez pas à accompagner votre courrier d’un vieux brouillon, rendant même la plus puissante lampe inutile pour un déchiffrage par transparence.

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Soyez old school, c’est tellement minoritaire que ça n’est que peu surveillé.
Pour des fichiers, le mieux reste si vous ne savez pas comment crypter solidement, d’envoyer une bête carte SD par la poste (toujours en double enveloppe).

Ainsi le numérique, encapsulé dans de l’analogique, reste loin des grandes oreilles.

La voix est pas mal non plus. Pour peu que l’on se débarrasse de son téléphone, capable entre autres :
-D’écouter en champ proche
-De géolocaliser la personne (par GPS ou antenne)
-Certains modèles sont suspectés de photographier discrètement
-Les dernières bouses d’Apple enregistrent en plus vos empreintes, me dites pas que c’est juste pour éviter le vol du téléphone

Attention aussi avec les PC, aucune preuve formelle, mais je ne vois pas à quel titre ils ne feraient pas ce qu’ils font dans les téléphones.
En particulier les webcams, n’ayez pas confiance en la LED (mettez un cache). Les micros intégrés à tous les PC portables sont également à redouter. Là pas tellement de solution sinon une ouverture et débranchement (ainsi vous choisissez quand utiliser le micro en en branchant un externe)

Je voudrais terminer avec les OS. Fuyez Windows et Mac OS pour vos activités sensibles. Ils ont ouvert leur code aux gouvernements, pas aux utilisateurs. Cela veut tout dire.
Linux est de plus en plus accessible au grand public et sauf pour les joueurs, je ne vois pas de problèmes bloquants.

Plus que jamais il faut agir cachés. Le gouvernement dispose de moyens d’écoute extrêmement performants pour traquer et tenir dans son œil les éléments séditieux.
Mais nous ne sommes pas désarmés pour autant.

Soit on en a les compétences ou l’on souhaite les acquérir et on peut utiliser la technologie contre eux. Mais ces compétences requièrent un apprentissage et la moindre erreur peut créer une faille critique.

Soit on opte pour du classique, ce qui, bien fait est tout aussi efficace.
Après tout, Unabomber a réussi grâce à son rejet total de toute technologie et à son intelligence à rester l’homme le plus recherché des U.S.A pendant 18 ans. (Je ne dis pas de suivre son exemple en termes de modes d’action hein !)

Agilité et maurassisme

Il est des choses comme ça que l’on croirait très éloignées, impossibles à rapprocher mais qui pourtant présentent des aspects communs que l’on ne remarque souvent que par hasard, celui d’une lecture, d’une rencontre d’un événement.Ici deux courants de pensées que j’aimerais rapprocher :

  • L’Agilité, réponse du bon sens à la rigidité et la lourdeur des idéologies industrielles regroupées sous l’appellation d’Organisation « Scientifique » du Travail (O.S.T) : Néo-Taylorisme, Juridisme, Procédurisme …
  • Le Maurassisme, ou positivisme politique en réponse aux idéologies politique issues de la révolution libérale : Marxisme, Libéralisme, Nazisme …

Premier constat : les deux sont des réponses à des concepts apparus autour de la révolution industrielle ou bien grâce à elle.

Second constat : les deux se basent sur l’étude rationnelle des faits pour tirer des conclusions, ce sont des contre-idéologies.

Troisième constat : les deux constatent la faillibilité de l’humain et plutôt que de la nier, font avec et bâtissent des systèmes résistants.

Quatrième constat : les deux prônent des systèmes basés sur les compétences de chaque acteur et la liberté absolue d’exercer un rôle bien précis plutôt que de vouloir des rôles larges de touche-à-tout bon-à-rien.

Cinquième constat : les deux voient la réorganisation interne du système comme un moyen d’adaptation.

Sixième constat : les deux voient d’un bon œil l’auto-organisation des acteurs.

Septième constat : les deux ont pour but de servir le plus efficacement le commanditaire.

Les deux ne servent pas les mêmes buts, mais je trouvais intéressant ce rapprochement.