Délit d’initié : le PDG d’Intel a vendu ses parts le 29 novembre

Tempête mondiale dans le monde numérique : Intel, géant mondial des microprocesseurs vient d’annoncer la découverte et la correction d’une faille présente depuis plus de 10 ans dans ses produits. 5 à 30% de réduction des performances sont annoncés après application du correctif.

Cette affaire est sans doute connue depuis des mois chez Intel, à en juger par l’étrange transaction réalisée le 29 novembre par son PDG, Brian Krzanich. Le dirigeant a vendu l’intégralité de ses Stock-Options, ne gardant que le strict minimum. Coïncidence ou délit d’initié ? La presse française n’a pas encore évoqué l’affaire.

Enzo Sandré


Pour plus de détails, nous vous proposons un article du site The Motley Fool, traduit par nos soins.

Le PDG d’Intel vient de vendre beaucoup d’actions

Ces transactions ne sont pas à prendre à la légère.

Le 29 novembre, Brian Krzanich, le PDG du géant des puces Intel (NASDAQ:INTC), a déclaré plusieurs transactions sur des actions Intel dans un Formulaire 4 déposé auprès de la SEC (Securities and Exchange Commission).

La plupart des transactions impliquaient l’exercice par Krzanich de stock-options, qui lui permettaient d’acheter des actions Intel à des prix nettement inférieurs à ceux du cours à l’heure actuelle, et leur revente immédiate sur le marché.

Il n’y a en soi rien de mal, ou même d’inhabituel, dans de telles transactions. Les dirigeants d’entreprise, et même certains employés, reçoivent souvent soit des stock-options et / ou des unités d’actions restreintes (UAR) dans le cadre de leurs régimes de rémunération, et les bénéficiaires de cette rémunération voudront tôt ou tard les convertir en liquidités.

En effet, comme expliqué ici, la vente faite par des initiés n’est pas toujours de nature à susciter l’inquiétude.

Toutefois, deux des transactions déclarées par Krzanich dans le formulaire 4 me semblent plus importantes que les exercices de stock-options ordinaires et les ventes subséquentes d’actions. Regardons de plus près.

Krzanich garde le strict minimum

Les statuts d’Intel imposent aux dirigeants et aux membres du conseil d’administration de détenir un certain nombre de titres de propriété à partir du moment où ils travaillent pour l’entreprise depuis cinq ans. Voici les montants basés sur le rang au sein de l’entreprise :

PDG 250,000
Directeur exécutif et président 150,000
Directeur financier 125,000
Vice-président exécutif 100,000
Vice-président senior 65,000
Vice-président administration 35,000
Autres vice-présidents et hauts responsables 5,000-10,000

Krzanich ayant été nommé PDG d’Intel en mai 2013, il devrait avoir 250 000 actions d’ici mai 2018, soit dans environ cinq mois. Il est donc intéressant de noter qu’avant de faire l’une des transactions qu’il a déclarées dans son dernier formulaire 4, il détenait 495 743 actions.

Après les exercices d’options et les ventes subséquentes (qui ont laissé sa position inchangée à 495 743 actions), Krzanich a ensuite réalisé deux autres transactions : une vente de 242 830 actions et une vente de 2 913 actions, chacune s’étant faite au prix moyen de 44,555 $.

Suite à ces deux transactions, Krzanich détient exactement 250 000 actions – soit le strict minimum qu’il doit détenir en tant que PDG.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Krzanich a peut-être vendu ces 245 743 actions évaluées à près de 11 millions de dollars au moment des transactions pour payer une nouvelle maison ou acheter une œuvre d’art rare. Cependant, cette explication est trop simple et assez vague, notamment à la lumière de la grande manne qu’il a reçue lorsqu’il a exercé et vendu toutes ces options d’achat d’actions.

Au lieu de cela, étant donné que Krzanich semble avoir vendu toutes les actions qu’il pouvait sauf celles que les statuts d’Intel l’obligent à détenir, j’ai l’impression qu’il n’a pas une grande confiance dans le potentiel des actions Intel. Il est peut-être en cela influencé par un point de vue tiède (voire même négatif) des perspectives commerciales de l’entreprise à court et à moyen-terme.

Après tout, si on se souvient que le directeur financier d’Intel, Robert Swan, aurait déclaré dans une note rapportée par The Oregonian que la société a pour objectif d’augmenter sa capitalisation boursière à 300 milliards de dollars (avec des actions à plus de 60 dollars) d’ici 2021, n’aurait-il pas été plus sage pour Krzanich de garder ces actions, en collectant environ un quart de million de dollars par an en versements de dividendes, jusqu’à ce que chacune rapporte 16 dollars de plus, pour une valeur additionnelle de près de 4 millions de dollars ?

En effet, si on prend en compte l’affirmation qu’il a faite en février selon laquelle le marché potentiel d’Intel devrait atteindre les 220 milliards de dollars d’ici 2021, il semble étrange que Krzanich choisisse de ne garder que les actions que le règlement d’Intel lui impose.

Source : https://www.fool.com/investing/2017/12/19/intels-ceo-just-sold-a-lot-of-stock.aspx

Vers la fin (de la neutralité) d’Internet ?

Le 14 décembre 2017, la FCC[i] a officiellement mis fin à la neutralité du net. Hurlements du côté des « défenseurs des libertés » pro-neutralité, cris de joie du côté des « défenseurs des libertés » anti-neutralité. Cette décision n’est pourtant qu’un symptôme : la toile craque sous le poids des géants du web.

Le postier libre dans le monde libre

Revenons aux origines : Internet était un petit réseau reliant des utilisateurs de taille comparable, souvent à la fois clients[ii] et serveurs[iii]. Le réseau est conçu pour dissocier complètement la couche physique (transmission des informations) du transport (adressage, routage) et de l’information transmise. Pour prendre une image, n’importe quel colis bien adressé peut aller n’importe où en passant par un nombre indéterminé de bureaux de poste, qui communiquent entre eux comme bon leur semble (avion, barque, etc.). Implicitement, le postier n’avait pas le droit de discriminer le colis selon son origine, sa destination, son poids ou son contenu, par exemple en forçant les gros colis à prendre le bateau. Cette neutralité de fait d’Internet a permis son essor face aux réseaux concurrents.

Mon postier est surchargé

La neutralité de principe n’existait pas avant 2004, car elle allait de soi dans un réseau décentralisé. Quand la FCC adopte une déclaration sur la neutralité du net, il s’agissait déjà de sauver ce principe dans un réseau en cours de centralisation.

Les états, renseignement et justice en tête, ne pouvaient pas laisser cette immense cour de récréation sans surveillance. Avènement des pandémies informatiques, expansion du crime ou du simple délit contre le droit d’auteur : Internet devait être surveillé et censuré au besoin. Même les plus grands défenseurs de l’Internet Libre n’ont rien vu à redire. Certains hypocrites craignent une censure extra-légale par les opérateurs privés avec la fin de la neutralité. N’est-ce pas déjà le cas ? L’affaire Stormfront évoquée dans nos colonnes n’est pas autre chose, au nom de la lutte contre les discours de haine. Que dire des réseaux sociaux, véritables sous-réseaux d’Internet, qui censurent à tour de bras ?

Les nouveaux usages d’Internet ont polarisé le réseau : une multitude d’utilisateurs ne fournissant aucune ressource consommant des plateformes toujours plus fréquentées. Pour relier plusieurs villages autonomes, un réseau de petites routes fonctionne très bien. Autour d’une grande ville, vous devrez créer des autoroutes, des ponts, des métros. Internet fonctionne de la même manière. La polarisation crée de la centralisation, qui crée des coûts d’infrastructure.

L’infrastructure d’Internet est gérée par des transiteurs, dont les FAI[iv]. Ils doivent dimensionner la taille des tuyaux au volume qui y circule. Avec la neutralité du net, ils n’ont pas le droit de ralentir ou bloquer un flux sur la base de son contenu, de sa source ou de sa destination. Les transiteurs se voient obligés d’accepter le tout-venant et de dimensionner leurs infrastructures en conséquence. La neutralité du net a un effet pervers : elle permet un chantage des plateformes envers les transiteurs. Un exemple : YouTube est très apprécié des utilisateurs, qui se plaignent auprès de leur FAI à la moindre lenteur (« je paie pour ça »). Le FAI fait pression sur le transiteur pour augmenter la taille du tuyau le reliant à YouTube. Le transiteur doit réaliser des investissements assez lourds auquel YouTube refuse de participer, arguant que le tuyau bâti pour lui est neutre, donc théoriquement utile à tous. Les abonnements à la carte étant interdits par la neutralité du net, le coût est globalement répercuté sur l’utilisateur final.

Internet : une ressource

La fin de la neutralité du net va coûter cher aux plateformes comme YouTube ou Netflix, obligées de partager la facture de transit avec les utilisateurs qui les regardent. Pour la France, ce sera la seule conséquence de cette décision américaine, à moins que les autorités européennes ne décident d’en finir elles aussi avec la neutralité du net.

La fin de la neutralité est un symptôme de l’internet-marché : un portail de services à la carte. 5€/mois pour YouTube, 10€ pour Google, ne laissant pas de place en dehors des géants prêts à payer pour y figurer. L’utilisateur possèdera un simple terminal, sorte de smartphone verrouillé où l’on ajoute des applications.

L’avenir d’Internet est sombre, mais il est tout à fait probable qu’un autre réseau le remplace dans les années à venir. Il devra éviter les trois écueils qui tuent Internet : régulation des géants qui déstabilisent physiquement le réseau (GAFA, mais aussi FAI obèses), chiffrement intégral des échanges pour éviter les intermédiaires trop curieux et atténuation de la dichotomie client/serveur (P2P, réseau distribué).

La liberté du réseau a un prix, incompatible avec sa centralisation.

[i] Federal Communications Commission, l’autorité régulatrice des télécoms aux USA.

[ii] Le client demande une ressource sur le réseau

[iii] Le serveur fournit une ressource à la demande

[iv] Fournisseurs d’accès à Internet

Manhunt : Unabomber

Quand on traite de l’affaire Unabomber, la médiocrité n’est pas permise. Sauf à vouloir enterrer politiquement le personnage, il est impensable de peindre l’auteur de « La société industrielle et son avenir » sans évoquer les idées qu’il défend. La série a fait le choix d’occulter le fond au profit d’une analyse psychologique fade et improbable.

Enfant solitaire, adolescent trahi, jeune génie manipulé par le fumeux projet MKUltra : le cursus honorum du génie du mal transforme Kaczynski en cliché. Le procès final est une synthèse de pitrerie sans lien avec le réel où des protagonistes grotesques viennent ôter sa dignité à un personnage malmené. Le vrai Kaczynski doit enrager dans sa cellule.

Le personnage de Jim Fitzgerald sauve la série. Ce policier modèle à l’intuition perçante finira par coincer Unabomber en habitant le personnage. Obnubilé par l’affaire et par le Manifeste, il devra refuser d’être un rouage obéissant et penser différemment pour réussir. Il en paiera le prix : l’exclusion sociale.

Enzo Sandré