Quel avenir pour la production d’énergie ?

Article du dossier « L’avenir de la production d’énergie » coordonné par mes soins


L’après-pétrole approche et il est temps de penser à son remplacement. Ecologistes et industriels doivent cesser leur autisme et entamer un vrai débat sur le mix énergétique de demain. Analyse d’un débat d’infirmes qui n’en finit plus.

Fission nucléaire : Rickover and over

Tous les réacteurs commerciaux au monde[1] héritent d’un réacteur originel, conçu par l’Amiral Rickover[2] pour propulser les sous-marins nucléaires américains. Il fut adapté pour la production d’énergie civile par Westinghouse, qui vendit la licence à Framatome (devenu Areva) et Mitsubishi. Les générations II (actuelle) et III (en cours de construction) ne sont rien d’autre que des améliorations. Or, le réacteur Rickover n’est pas conçu pour la production d‘énergie civile : il peut s’emballer (Three Miles Island, Fukushima) et produit une grande quantité de déchets radioactifs.

Pourquoi cette filière est-elle conservée ? Car la technologie est maîtrisée et amortie. Il existe pourtant des alternatives tout à fait crédibles, comme le Rubbiatron, le TRIGA ou les réacteurs à caloporteur hélium. Toutes sont reléguées en « génération IV ». Traduction : peut-être un jour, n’espérez rien.

Sur ce sujet, les écologistes sont les meilleurs ennemis de l’industrie. Ils font office d’épouvantail en rejetant complètement toute énergie nucléaire à l’heure où le charbon croît. Ils rendent inaudible toute critique fine du nucléaire, ce qui arrange bien l’industrie qui peut avancer sans garde-fou sérieux.

Fusion : Monomanie ITER

Pendant que ITER monopolise le budget de la recherche (19 milliards désormais), d’autres filières prometteuses sont anémiées par le manque de moyens. Malgré leurs budgets ridicules, la fusion aneutronique[3], la fusion par laser[4] ou les Z-machines pourraient donner des résultats avant qu’ITER n’ait abouti.

En plus d’être affreusement cher[5], ITER est une expérience dangereuse. Les Français seront rassurés d’apprendre que « La Commission européenne estime qu’en cas d’accident les rejets d’effluents radioactifs, sous quelque forme que ce soit, provenant d’ITER en France, ne seront jamais susceptibles d’entraîner, même en cas d’accident nucléaire, une contamination radioactive à l’extérieur des frontières françaises »[6]. En plus des matériaux radioactifs (dont le tritium, trop léger pour être confiné), ITER contient des matériaux aussi sains que du plomb, du lithium et du béryllium. Interrogez votre médecin, il vous expliquera.

De l’aveu même des physiciens, l’accident est probable : ITER est expérimental. Le dispositif contient de nombreux aimants supraconducteurs, capables d’exploser très violemment[7]. La plupart des savoirs mis en jeu seront testés pour la première fois à une telle échelle, avec tous les risques imprévisibles que cela occasionne.

Vive le charbon !

L’aveuglement idéologique des écologistes et les intérêts froids du cartel nucléaire embourbent tout débat. Le nucléaire actuel présente des défauts rédhibitoires, qui réclament un changement profond. Or tout débat sur l’avenir du nucléaire est bloqué par les écologistes, qui tiennent absolument à en sortir et par les industriels, trop satisfaits de vivre sur une technologie amortie. Les deux parties portent la responsabilité de l’accroissement du charbon.

Il est urgent de donner la parole aux physiciens et aux ingénieurs non-alignés sur ces questions, afin d’ouvrir un véritable débat national sur l’énergie de demain. Fusillons les clivages imbéciles et les intérêts à courte vue de l’Argent. En l’absence de souverain capable de trancher, c’est à la société civile d’arbitrer ces questions.

Enzo Sandré

[1] Deux exceptions : les CANDU canadiens, qui ne sont pas vendus et les VVER/RBMK soviétiques, instables et dangereux.

[2] Le réacteur de Shippingport

[3] La réaction Bore-Hydrogène semble la plus prometteuse, elle permettrait même la fabrication de réacteurs à fusion domestiques dans un futur lointain.

[4] Le Laser Mégajoule du CEA est le plus connu, il est principalement destiné à tester les futures bombes thermonucléaires, mais devrait accueillir des expériences civiles de fusion.

[5] 19 milliards d’euros pour l’instant, hors fonctionnement. Déjà 4x le budget prévisionnel alors que la construction n’est pas terminée.

[6] Avis de la Commission Européenne 2012/C 166/01

[7] Le 27 mars 2007, un aimant supraconducteur a explosé au CERN près de Genève.

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