La sécurité dans l’histoire

Securitas (latin) : Exemption de soucis, tranquillité de l’âme. Quiétude devant la mort. Insouciance, indifférence.

Sécurité (17ème – 1935) : Confiance, tranquillité d’esprit qui résulte de l’opinion, bien ou mal fondée, qu’on n’a pas à craindre de danger.

Sécurité (sens moderne) : Situation dans laquelle quelqu’un, quelque chose n’est exposé à aucun danger, à aucun risque.

L’évolution de la notion de sécurité reflète bien la mentalité de chaque ère. L’Antiquité et le Moyen-Âge ne concevaient pas la sécurité physique. Tout homme savait qu’il pouvait mourir à tout moment, terrassé par quelque lame ou maladie. Il faut attendre l’ère classique pour que l’omniprésence de la mort recule, en grande partie grâce à la technique. La sécurité physique commence à faire sens, mais d’une manière subjective. La sécurité subjective est l’extension physique de la sécurité spirituelle, rendue concevable par des temps moins rudes.

Il faut attendre la Seconde Guerre Mondiale pour que le sens de la sécurité évolue à nouveau. Elle est au sens moderne, l’absence mesurée de dangers. Une fois pesée et quantifiée, le technicien consciencieux pourra s’atteler à la renforcer, car tout risque est un crime de lèse-efficacité. De norme acceptée, le risque devient une insupportable incertitude qui doit être traquée au nom de la rationalité. L’insécurité devient un cancer qui ronge l’horlogerie industrielle, l’interstice dans lequel peut se loger la pierre qui fera défaillir l’engrenage.

L’amour de l’homme moderne passe du prochain à la machine stérile qu’il a enfanté. Conséquence de ce narcissisme : le prochain devient une source d’insécurité qu’il faut absolument juguler.
La société industrielle ne s’arrête pas aux portes de l’usine. Toute institution traditionnelle, inefficace car l’efficacité n’était pas son but, sera remplacée par un rouage calibré plus efficace. Partout ou abonde l’efficacité, disparaît le souci de l’humain. La société sécuritaire est l’enfant naturel du transfert du sacré vers la Technique. De prochain à aimer, l’homme devient une rature à gommer ou à changer en robot. Tu es pierre et de cette pierre je sculpterai un rouage. Voici le sens de la sécurité objective moderne.

Technique et grâce

Il est vrai que la machine, en retirant à l’homme un grand nombre de tâches, chasse le démon qui agit par l’intermédiaire de celui-ci. Cependant, elle chasse également la grâce, pour les mêmes raisons.

L’équation est équilibrée affirmeront certains ! C’est oublier que l’homme est incapable du bien sans la grâce, alors qu’il n’a pas besoin du démon pour commettre les pires horreurs.

La thèse de la neutralité de la technique, déjà absurde d’un point de vue historique, devient ridicule sur le plan spirituel.