Le Cercle Proudhon

Le contexte

Les courants

L’Action Française

Mouvement royaliste. L’AF était alors à son apogée, juste avant la boucherie de 1914. La guerre allant ensuite saigner l’AF en décimant les Camelots. La seconde génération d’AF commençait à remplacer la première à cette époque.

Dès 1902 l’AF s’intéresse à la question ouvrière. Bainville est le principal moteur de cette tendance.

Le syndicalisme révolutionnaire

Courant théorisé par Georges Sorel mais pensé au sein de la CGT. A existé de 1895 à 1914. Socialisme radical, reprenant l’idée marxiste disant que « L’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Anti-étatistes, antiparlementaristes, antidémocrates.

Mis en pratique par le parti Baas à ses débuts (années 60), c’est le seul exemple historique à grande échelle.

Analyse comparative des courants

  Nationalisme intégral Syndicalisme révolutionnaire
Théoricien Charles Maurras Georges Sorel
Mouvement d’origine L’Action Française La CGT
Création 1898 1895
Mouvements principaux actuels -L’Action Française (CRAF&RN)
-Le GAR, en partie
-La NAR, en partie
-Courant CSR de la CGT (ultra-minoritaire)
-SUD s’en réclame-La CNT
Influencé par De Maistre, Saint Thomas, Aristote, Platon, Comte, Dante Marx, Proudhon, Bergson
Antiparlementariste Oui Oui
Décentralisateur Oui Oui
Anti-bourgeois Oui Oui
Contre-révolutionnaire Oui Non
Forme de l’état Monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire, décentralisée Autogestion, anarchie
Progressiste Non Non
Traditionnel Oui Oui
Doctrine sociale Corporatisme Syndicalisme
Mythes Coup de force, Instauration monarchique Grève générale
Racisme Non Non
Antisémitisme Antisémitisme d’état Antisémitisme non-biologique
Cadre politique Nationalisme Fédéralisme

 

L’AF est contre l’étatisme et l’individualisme, le syndicalisme révolutionnaire contre l’anarchisme et les guesdisme. Les deux mouvements sont des 3éme voies dans leur branche.
Berth va plus loin, qualifiant l’esprit d’AF d’apollinien et l’esprit Syndicaliste Révolutionnaire de dionysien, devant se rapprocher pour créer un nouvel âge d’or.

Toujours est-il que les deux mouvements ont pu s’entendre à plusieurs reprises pour tenter un dépassement dialectique de la société bourgeoise.

Les protagonistes

L’idée du Cercle Proudhon vient d’Henri Lagrange, 17 ans à l’époque.

8 fondateurs, mais seulement 2 syndicalistes, Marius Riquier et Edouard Berth. Toute la logistique, ainsi que le gros des troupes, fut fournie par l’AF.

Georges Valois (1878-1945)

Débuts (1878-1897)

Né Alfred-Georges Gressent. Famille ouvrière et paysanne. Son père meurt accidentellement 3 ans après sa naissance, sa mère, couturière, le fait élever par sa grand-mère, remariée à un républicain libre-penseur.

Part à Singapour à 17 ans pour voir du pays. Il se lance dans le commerce en Asie. C’est la découverte d’un livre de Jean Richepin qui fait de lui un anarchiste.

Anarchiste (1897-1900)

Il rentre en France en 1897 et fréquente les milieux anarchistes. Il rencontre pour la première fois Sorel en 1898 qui chasse en lui toute tendance démocrate.

Syndicaliste révolutionnaire (1900-1905)

En 1900 il fait son service militaire. L’anarchiste se trouve enchanté par l’armée, l’ordre et la discipline. Il part en préceptorat en Russie de 1901 à 1903. Il y rencontre une alsacienne, Margueritte Schouler, qu’il épouse. Il devient violemment antisémite à son contact.

Nietzschéen et autoritariste (1905-1906)

Il reste syndicaliste mais ses idées se sont nettement infléchies à droite. En 1905 il écrira : « Qui veut la vie doit accepter le travail, qui veut le travail doit accepter la contrainte, et par conséquent le chef ». Il dit dans le même temps devoir à Nietzsche sa libération.
Il renie Sorel : « le socialiste est l’homme paresseux, jaloux, envieux, orgueilleux. C’est un homme qui aime la richesse et les jouissances de la vie, mais ne veut pas faire l’effort pour les obtenir »

Il justifie l’autorité par la science, Quinton notamment. Il est antidarwiniste et pense que la perfection de la nature était au début et que tout Progrès ne peut que nuire. Il théorise l’Homme au fouet, celui qui contraint ses semblables à se mettre au travail. Il voit celui-ci comme civilisateur et créateur. Pour lui la société n’a pas à suivre les lois naturelles mais à bâtir contre vents et marées.

Catholique et monarchiste social (1906-1925)

Il rencontre Maurras en 1906, le courant passe aussitôt. Il devient immédiatement catholique et monarchiste. Il garde néanmoins l’idée de réconcilier la classe ouvrière avec l’Ordre et l’Autorité. Il reconnaît l’existence des classes sociales, mais veut les dépasser.

Sa première tentative de rapprochement avec les syndicalistes prend la forme d’une « Enquête sur la monarchie et la classe ouvrière ». Premier échec : peu de personnalités répondent. La plupart des réponses sont bien contre la monarchie et la république bourgeoise, mais très peu vont dans le sens de la monarchie.

Il fut chef de section du XIVème arrondissement.

Edouard Berth (1875-1939)

Plus fidèle disciple de Sorel, il fut aussi son ami et son plus clair interprète. Syndicaliste révolutionnaire et grand passionné de l’Antiquité. Non-progressiste, antiparlementaire et anti-bourgeois.

Marius Riquier ( ?- ?)

Personnage assez peu documenté, anarchiste devenu syndicaliste révolutionnaire. A collaboré à diverses revues de 1903 à 1914 puis aucune trace. Peut-être mort à la guerre.

Henri Lagrange (1893-1915)

Secrétaire général des étudiants d’AF à 19 ans, il se fait remarquer à 16 ans pour un article dans la Revue critique des idées et des livres. En 1911 il gifle et insulte Armand Fallières. Il sera exclu de l’AF pour activisme en 1914, après avoir préparé un coup d’état. Mort au front.

Gilbert Maire (1887-1958)

Bergsonien dès ses 16 ans, il rejoindra Maurras tout en rejetant en bloc tout antisémitisme, même d’état. Proche de Valois, Bacconnier et Rivain. Collaborateur de la Revue critique des idées et des livres.

René de Marans ( ? – 1925)

L’une des plumes majeures de l’AF au début du XXème. Entré en 1904 à l’AF.
A combattu le Sillon de Sangnier. Passionné d’histoire et des questions sociales. Il avait commencé à écrire des compléments à l’Histoire de France de Bainville.

André Pascalon ( ? – ?)

Aucune information trouvée, royaliste d’AF

Albert Vincent ( ? – ?)

Instituteur républicain fédéraliste, adhère à l’AF pendant l’expérience du Cercle Proudhon.

Pierre Galland ( ? – ?)

Pas un fondateur, il est arrivé plus tard dans le cercle.

Spécialiste de Proudhon à l’AF.

Maurice Mayrel ( ? – ?)

Pas un fondateur, il est arrivé plus tard dans le cercle.

Ancien de la SFIO, converti au royalisme.

Pierre Gilbert Crabos (1884-1914)

Pas un fondateur, il est arrivé plus tard dans le cercle.

Jeune maurassien de stricte obédience. Un des principaux animateurs de la Revue critique des idées et des livres. Pilier de l’école néo-classique. Mort à la tête de sa section en 1914.

La Cité Française

En 1910, la Cité Française, revue rassemblant Sorel et Valois, se créé. Sorel est très réticent à publier avec des royalistes, ne partageant pas le goût pour le combat politicien de l’AF et se souciant du « qu’en dira-t-on ». Sorel a peur d’être marginalisé à gauche.

Pour vaincre les réticences de Sorel, l’AF lui laisse la direction de la revue. Sorel arrêtera la revue pour diverses raisons avant la sortie du premier numéro. La principale est le souci de conserver son aura chez les socialistes.

La Cité Française est avortée, mais servira de prototype au Cercle Proudhon.

Le Cercle

Tout commence en 1911, un an après l’échec de la Cité Française. L’idée initiale vient du jeune Camelot Henri Lagrange, 17 ans à l’époque.

17 novembre 1911 : Première réunion

L’idée était au départ un cercle monarchiste de réflexion sur les questions sociales. Il s’est ensuite élargi aux « antidémocrates de gauche ». La Cité Française était un organe de réunion. Le Cercle Proudhon est une création d’AF destinée à faire le pont avec les syndicalistes. La forme n’est pas la même car l’AF a appris de l’échec de la Cité Française et se méfie de Sorel.

16 décembre 1912 : Première réunion publique

Le maître d’œuvre du Cercle sera Georges Valois, aidé d’Henri Lagrange. L’expérience durera jusqu’en juillet 1914, 1 mois avant la guerre.

Le Cercle ne fut pas un vif succès, environ une vingtaine de personnes en moyenne à chaque réunion. 40 personnes au total estimées. Selon Géraud Poumarède, 2/3 de royalistes.
Berth, Lagrange et Valois sont toujours présents aux réunions.

Bernanos y a participé.
Toutes les classes sociales sont représentées. Majorité de trentenaires, la « Seconde génération de l’AF »

Proudhon

Royalistes comme syndicalistes se sont rassemblés autour de la figure de Proudhon, estimant qu’il fut « le parfait français ». Pour autant, ni les syndicalistes, ni les royalistes ne voyaient Proudhon comme l’un des leurs, on peut
citer Maurras, d’une remarquable clarté :

Berth devint plus pessimiste après l’expérience du Cercle, considérant que les nombreuses périodes de Proudhon permettent sa récupération par n’importe qui. Il estime que l’AF n’a pas compris Proudhon. Or, son texte publié dans les cahiers fut salué par les monarchistes. Peut-être qu’en réalité le seul Proudhonien fut Proudhon et nul autre. Il n’en reste pas moins un personnage extrêmement intéressant, Gaulois dans toutes ses contradictions disait Berth. « Proudhon est catholique comme peut l’être un paysan Gaulois »

Proudhon ne comptait bien sûr pas que des partisans. Maurras voyait en lui un « père Chaos », un « pandémonium », utilisable seulement par lambeaux.

Les cahiers

4 cahiers parus, 6 si l’on compte des doubles éditions.

Janvier 1912 : Premier cahier

Juillet 1914 : Dernier cahier

9 collaborateurs principaux :

  • Edouard Berth
  • Pierre Galland
  • Henri Lagrange
  • Gilbert Maire
  • Maurice Mayrel
  • René de Marans
  • Georges Valois
  • Albert Vicent
  • Pierre Gilbert Crabos

Je conseille la lecture des cahiers, terriblement bien écrits et limpides. Peu de doctrine, beaucoup de digressions sur Proudhon et Sorel. Les cahiers sont plus un bon moment de littérature politique qu’un véritable travail dialectique.

Les Méfaits des Intellectuels

Véritable conclusion des cahiers, écrite en 1914 par Edouard Berth. Collection d’idées remarquables liées par un fil de trame qui est la chasse aux idées abstraites.

  • La division du monde entre la campagne paysanne, naturellement indépendante et anarchiste et la ville, lieu de concentration des marchands, des intellectuels et des politiciens
  • Critique du trio échange-concept-état, comme fondamentalement bourgeois.
  • Critique de l’intellectualisme abstrait, « L’Intelligence, cette courtisane née, a besoin pour être forte de s’appuyer, telle la femme, au bras de l’homme, sur un pouvoir viril : l’Epée »
  • Exaltation des valeurs guerrières, incarnées par le prolétaire
  • Comparaison de Sorel et Maurras, respectivement à Dionysos et Apollon, le Sublime et le Beau, ayant besoin l’un de l’autre pour ne pas sombrer dans la folie.
  • Fustigation des intellectuels, ennemis de la liberté, des valeurs viriles, voulant tout féminiser et tout régenter, au nom de Vérités unes et indivisibles, d’idéologies totalitaires.

Thèses émises sur le Cercle Proudhon

Le Cercle Proudhon, une révolution conservatrice à la française ?

Thèse de Pierre de Brague.

Rapprochement intéressant des deux mouvements. Les deux sont indéfinissables, assez brouillons, mais foisonnants. Les deux refusent la démocratie, le parlementarisme. La grande différence est l’esprit : La révolution conservatrice allemande est un produit du romantisme, alors que le Cercle Proudhon et plus largement le dialogue entre syndicalistes et monarchistes tient d’un esprit purement français, appelé ici Proudhonien.

Les constats sont similaires, mais les solutions proposées sont bien propres aux deux peuples. L’appellation de « révolution conservatrice française » peut être juste si l’on met bien l’accent sur tout ce que change le mot « française ».

C’est à mon sens quelque chose de glissant.

Le Cercle Proudhon, un préfascisme ?

Thèse de Zeev Sternhell, reprise par BHL. Elle se base sur la phrase de Valois lorsqu’il fonda le Faisceau : « Nationalisme + Socialisme = Fascisme ».

Les arguments de Sternhell sont les suivants :

  • Le Cercle Proudhon efface le fossé (cordon sanitaire dirions-nous aujourd’hui » qui existe entre nationalisme et socialisme.
  • Le Cercle Proudhon est le dernier organe de discussion gauche/droite avant 1914
  • Georges Valois est ensuite devenu le fondateur du Faisceau (Sternhell occulte tout son parcours entre 1914 et 1925, pourtant déterminant dans son fascisme)

Il en conclut à la thèse peu sérieuse d’un préfascisme. Il oublie les différences majeures existant entre le Cercle Proudhon et le fascisme. La question de l’état est la plus contrastée.

E&R est-il l’héritier du Cercle Proudhon ?

Si E&R est l’héritier du Cercle Proudhon, alors Le Christ Cosmique est Jésus ressuscité.

Plus sérieusement, E&R n’a rien à voir avec le Cercle Proudhon :

  • On ne peut pas comparer un cercle de discussion politique avec un rassemblement de tout et n’importe quoi.
  • Au Cercle Proudhon, chacun était représentant d’un courant. Le dialogue entre courants avait pour but de dépasser la société bourgeoise. A E&R, il n’y a que Soral, transcourant lui-même, mais certainement pas dans une optique de dialogue. Quant au dépassement de la civilisation bourgeoise …
  • Le Cercle Proudhon n’a jamais souhaité descendre dans « l’arène politicienne », ce qu’E&R a fait.
  • Où est Proudhon dans E&R ? C’est plus Ali bin Proudhon

Autopsie du Cercle

Raisons de la mort

La majorité des républicains venus discuter, sont devenus monarchistes. De l’extérieur le CP a fini par ressembler à un cercle royaliste.
Idem pour le catholicisme, de nombreuses conversions, religieuses ou bien seulement philosophiques.

Aucun mouvement n’est venu discuter. Seuls des transfuges ou des messagers.
Sorel s’est toujours tenu en retrait, ce dès la Cité Française. « J’ai reçu une lettre de Valois qui m’annonce qu’il vous invite à déjeuner pour dimanche ; vous y rencontrerez quelques-uns de ses amis ; il m’a invité aussi, mais je crois qu’il est prudent que je n’y aille pas […] Vous n’êtes pas dans les mêmes conditions que moi et vous avez plus de liberté d’allure ; pour moi, je suis obligé de me surveiller beaucoup pour que mes théories ne puissent pas être écartées par une fin de non-recevoir »

Evolution des principaux protagonistes

Georges Valois

… pro-entrepreneuriat et pour la lutte des classes (1921-1925)

Après l’expérience du Cercle Proudhon, la pensée de Valois va évoluer encore une fois. Il va reconnaître la nécessité de la lutte des classes, tout en restant à l’AF. Il va dans le même temps produire une théorie par ailleurs non dénuée d’intérêt sur le rôle d’une bourgeoisie « domptée » par la monarchie : celle d’une classe entrepreneuriale non-financière.

Fasciste Technophile et pour la technocratie (1925-1928)

En 1925 il rompt avec l’AF, qu’il juge archaïque, pour fonder le Faisceau, expérience d’un mouvement fasciste qui durera 3 ans. Il le fera ensuite exploser car il le juge « trop réactionnaire ».
Pendant ces années son côté scientiste et technophile se renforce : il théorise le règne de la classe des techniciens, situés entre le bourgeois et le prolétaire. Pour lui le technicien doit faire travailler le prolétaire et à terme remplacer le bourgeois par une élite technicienne.

Sorélien corporatiste (1928-1934)

Une fois le faisceau détruit, Valois fonde le Parti Républicain Syndicaliste.

Distributionniste proche de la SFIO (1935-1945)

Georges Valois termine sa vie à Bergen-Belsen après être entré en résistance. Il avait sans succès voulu entrer à la SFIO. Idéologiquement il s’était rapproché du distributionnisme de Chesterton.

Edouard Berth

En 1917 il s’enthousiasme de la révolution bolchevique avant d’en constater les dérives. De 1920 à 1935 il est adhérent du PCF, avant de revenir au syndicalisme révolutionnaire ensuite.

Il écrit suite au Cercle Proudhon les Méfaits des Intellectuels, parfait complément aux cahiers.

Il écrira ensuite nombre de textes très intéressants, critiquant l’AF d’après-guerre ainsi que les idées de Maurras, avec une subtilité et une justesse rare.

Suites

Le Cercle Proudhon n’a eu aucune suite, l’expérience s’est arrêtée là, principalement à cause de la Guerre. Depuis, personne (sauf bien sûr Alain Soral), n’a tenté de réunir les syndicalistes et le monarchistes. Vu l’évolution « antifasciste » de ceux-ci, je doute qu’un nouveau Cercle Proudhon soit possible.

Il existe pourtant à gauche, des gens enclins à la discussion si l’on sait leur parler. Les écologistes (les vrais !), décroissants, anti-progressistes et autres marxiens-elluliens feraient de bons interlocuteurs, non pour un rapprochement, l’erreur du Cercle Proudhon a été, selon moi, l’orgueil vouloir avoir raison au détriment du dialogue (chaque chose en son temps, notre force est d’avoir raison, mais pas au détriment d’alliances fructueuses). L’alliance qui pourrait être faite serait une alliance de nécessité, sans chercher à convaincre l’autre de la justesse de nos analyses en premier lieu, mais plutôt en créant des synergies entre courants. Il ne faut pas non plus tomber dans l’intellectualisme, bien-sûr.

Conclusion : Et si l’intérêt du Cercle Proudhon se trouvait dans les remous de son sillage ?

Une fois le Cercle Proudhon dissout, chacun est reparti enrichi de l’expérience. Berth est devenu quasi-monarchiste, Valois, très sorélien. Ces deux personnages et leurs mentors respectifs vont continuer à évoluer, chacun avec un parcours atypique.

Lagrange aurait pu être également un de ces grands esprits, il en avait l’étoffe, mais la guerre l’a emporté. Les autres participants, a l’exception de Bernanos, furent en réalité assez effacés pendant le Cercle et assez mineurs ensuite, par rapport aux deux monstres, Berth et Valois.

Si l’on ne prend que le Cercle Proudhon, l’expérience fut un échec, si Valois avait une volonté de dialogue sincère, la force d’attraction de l’AF allait mettre à mal son idée de départ. Sorel aussi, sans doute, très méfiant envers l’AF et Maurras.

Nous n’aurons pas le temps de parler de la rupture de Valois avec l’AF, ni de la volée de bois vert de Berth à l’AF. Elles sont pourtant éminemment intéressantes pour nous, tant la plupart ont visé juste. Elles pourraient nous permettre de ne pas reproduire les erreurs du Cercle Proudhon si l’expérience venait à être renouvelée. Enfin, elles ont l’intérêt non négligeable d’offrir deux points de vue différents mais assez précis sur « l’AF de Maurras », soit l’entre-deux-guerres.