Le corporatisme

Introduction

Avant que le libéralisme ne nous apporte le bonheur sur terre© (sous conditions), les Hommes s’organisaient selon leur métier. Comment se sont organisés ces corps de métiers en France ? Quels étaient les rapports avec le pouvoir ? Ce texte a pour ambition d’éclairer un peu le fonctionnement, les principes et l’histoire du corporatisme, trop souvent sujet à de mauvaises interprétations.

Ce texte n’a pas été écrit par un spécialiste de la question mais par une personne souhaitant s’informer et en savoir plus. Il n’a pas la même qualité qu’un document universitaire et ne détaille pas toutes les nuances de la question.

Table des matières

Introduction. I

Corporatisme. 1

Historique. 1

Le corporatisme du Moyen-Âge à Colbert. 1

De Colbert à la Révolution. 2

La théorisation. 3

Le néo-corporatisme. 3

Aujourd’hui ?. 3

Corporations. 4

Types de corporations. 4

Prérogatives. 5

Hiérarchie corporative. 5

Métiers représentés. 6

Critiques. 7

Le point de vue de l’Eglise. 7

Critiques physiocrates et libérales. 8

Le monopole des jurandes est un frein à la libre-concurrence. 8

La limitation du nombre de maîtres s’oppose au droit de travailler. 8

La corporation se substitue au marché en fixant les prix et les salaires. 8

Les règles de l’Art sont un frein à l’innovation. 9

Critiques marxistes. 9

La corporation est une collaboration entre patronat et ouvriers. 9

Les corps de métiers divisent les travailleurs en branches et les empêchent de se penser en tant que classe   10

La corporation est un repli sur soi et ne vise pas à l’universel 10

Critiques gauchistes et idiocrates. 10

Tous les régimes ayant porté un projet corporatiste n’étaient pas des démocraties. 10

Les corps de métiers étaient sexistes. 10

Problématiques à résoudre. 11

Est-il pertinent de bâtir un système corporatif sans état fort ?. 11

Quelle place pour la grande entreprise ?. 11

Quelle place pour le quaternaire ?. 11

Le corporatisme est-il compatible avec les enjeux environnementaux actuels ?. 11

Conclusion. 11

Corporatisme

Sa définition stricte est d’être : « le contrôle sans soumission de la propriété privée par l’état, garant du bien commun »

En pratique, mis à part ce tronc commun, il y a autant de corporatismes que de pays. Le corporatisme allemand ne sera pas le même que le corporatisme français par exemple. Des disparités peuvent même exister au sein des nations.

Il faut trois choses afin de créer un système corporatif :

  • Un contrôle sans soumission de la propriété privée par l’état.
  • Une possibilité d’association des individus en corps réglementés les représentant.
  • Un état garant du bien commun, nécessaire, comme nous le verrons, afin que le corporatisme ne finisse pas en pugilat.

Le système corporatif n’implique pas forcément la corporation telle que nous la connaissons. Elle fut historiquement son expression. Le corporatisme s’est toujours réinventé selon les époques.

Historique

Il n’y a pas réellement de date de naissance du corporatisme. Il est aussi vieux que la monarchie. Pie XI l’a défini comme suit dans l’encyclique Quadragesimo Anno:

« De même, en effet, que ceux que rapprochent des relations de voisinage en viennent à constituer des cités, ainsi la nature incline les membres d’un même métier ou d’une même profession, quelle qu’elle soit, à créer des groupements corporatifs, si bien que beaucoup considèrent de tels groupements comme des organes sinon essentiels, du moins naturels dans la société. »

On distingue, pour la France quatre périodes : le proto-corporatisme d’héritage Celte et Romain (qui n’est pas notre propos), le corporatisme du Moyen-Âge et de l’Ancien Régime, le néo-corporatisme pétainiste et enfin l’époque actuelle.

L’histoire du corporatisme en France se passe presque entièrement au Moyen-Âge. L’époque postrévolutionnaire a toujours cherché à retrouver une sorte de pureté corporative originelle, sans jamais retrouver la perfection qu’eurent les corps de métiers sous l’Ancien Régime.

Le corporatisme du Moyen-Âge à Colbert

La première période commence au XIème avec la formation des premier corps de métiers réglés. Il faudra attendre le XIIIème pour que le corporatisme reçoive ses lettres de noblesse du pouvoir royal sous Louis IX.

Cette période fut relativement tumultueuse, les corporations furent interdites par Philippe le Bel, qui les voyait comme de dangereux lobbys. Le féodalisme et l’entêtement des gens de métier étant ce qu’il fut, l’ordonnance d’interdiction resta lettre morte pendant 3 ans, jusqu’à son retrait.

Les métiers se constituèrent à cette période en s’inscrivant dans le système féodal : le métier réglé était un métier dont les membres obéissaient à un règlement ayant force de loi dans une zone banale donnée. Le seigneur local était juge en dernière instance pour ce qui concernait les règles du métier.

Tous les métiers à exercice libre furent appelés « métiers libres » à cette époque.

Saint Louis fut le premier roi à réaliser l’intérêt du système corporatif pour la France. Il créa les jurandes, des corporations ayant pour particularité de ne plus dépendre que du roi et possédant un monopole national. Afin d’encadrer et de concilier les belliqueux artisans parisiens, il nomma Etienne Boileau prévôt des marchands, poste créé afin de réguler le commerce dans la capitale, puis plus tard dans la France.

Les quatre siècles qui suivent restèrent tumultueux malgré l’aval royal. Les corporations, surtout les jurandes, mirent du temps à être acceptées dans beaucoup de régions. La faute aux féodaux mais aussi parfois à la résistance de certaines oligarchies locales qui s’étaient constituées.

Petit à petit les corporations se sont délitées. Entre corporations, des guerres destructrices et fratricides eurent lieu. Certaines furent d’un ridicule achevé, comme la guerre entre Poulaillers, Volaillers et Rôtisseurs autour de la table des bourgeois. Le pouvoir, encore très féodal, fut impuissant à calmer quoi que ce soit. Il y eut parfois des morts.

A l’intérieur des corporations, de plus en plus d’affrontements entre maîtres et compagnons finirent par mener à l’éclosion de véritables « syndicats ouvriers » avant l’heure. Les compagnons revendiquaient plus de pouvoir au sein des corps de métiers, ainsi que l’augmentation des salaires. La concurrence effrénée crée par l’affrontement entre corporations servit de prétexte à la baisse des salaires. De plus les maîtres ont dans beaucoup de corporations, organisé un système népotiste où un fils de maître a priorité pour reprendre une affaire. Les affrontements entre maîtres et compagnons ont souvent abouti à des incendies, des lynchages et des pillages. Les nombreuses ordonnances royales n’ont jamais réussi à calmer la fureur des compagnons.

De Colbert à la Révolution

Seul le génie de Colbert, homme d’état accompli, put calmer la révolte généralisée.

Il interdit, et fit réprimer physiquement, les associations de maîtres ou compagnons seuls. Il réforma les corporations afin d’y intégrer plus de dialogue social et cassa les népotismes. Il permit aux manufactures et aux artisans de vivre en bonne entente ce qui engendra une hausse significative de la qualité des produits, désormais réputés dans toute l’Europe. Enfin, Colbert réconcilia maîtres et compagnons au sein de corporations régénérées. Afin d’éviter des guerres fratricides entre métiers proches, Colbert fusionna certaines professions, créant des « corps fédérés », constitués de collèges représentant les métiers d’une branche. Colbert avait sauvé le corporatisme, en agissant comme un véritable homme d’état.

Lorsque l’on parle de corporations dans les milieux contre-révolutionnaires, c’est souvent de cet âge d’or que l’on parle et non des débuts explosifs du corporatisme médiéval. Hélas les physiocrates et la Révolution allaient venir mettre fin à cette organisation. Il fallait tuer toute entrave au Marché, même si cette « entrave » fut le système qui propulsa la France au rang de première puissance mondiale de l’époque.

Dès 1750, Quesnay critiqua les corporations et prôna la libre circulation des biens et des personnes. Il appuyait ses propos sur le ras-le-bol vis-à-vis du système douanier incompréhensible hérité du système féodal. Lorsque son acolyte, Turgot, devint ministre, il tenta d’interdire les corporations. Cette première tentative se solda par la Guerre des Farines, qui coûta son poste à Turgot.

Seule la Révolution, par le décret d’Allarde et la loi Le Chapelier put mettre fin au système corporatif. La Convention a spolié au passage les 12 milliards de trésorerie des jurandes. La suite est la révolution industrielle et le triomphe du libéralisme le plus sauvage. Le terme « corporation » fut créé à l’occasion de l’interdiction de celles-ci. Il vient de l’anglais.

La théorisation

Le corporatisme était-il mort ? Pas tout à fait. Dès 1855, Le Play le redécouvrit, dans son énorme volume : Ouvriers européens. Études sur les travaux, la vie domestique et la condition morale des populations ouvrières de l’Europe. Ses travaux allaient servir de matière à des hommes comme Albert De Mun (Discours de 1888 à 1904) ou René de la Tour du Pin (Vers un ordre social chrétien, 1882 – 1907). Le mouvement catholique social incluait, tout à fait naturellement, le corporatisme dans ses revendications. Le pape Léon XIII en parlera dans son encyclique Rerum Novarum en ces termes :

« Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux (hommes des classes inférieures) une protection. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée»

Plus tard, sur l’inspiration des catholiques sociaux, des mouvements politiques se sont saisis du sujet.

  • Les syndicalistes Jaunes de Biétry. Ce mouvement n’a pas produit d’ouvrage sur le sujet mais reprenait certaines thèses des catholiques sociaux.
  • Edouard Berth et certains syndicalistes révolutionnaires. Lors de l’expérience du Cercle Proudhon, leur doctrine s’est enrichie de certains éléments corporatistes. On retrouve les conclusions de cette expérience dans Les Cahiers du Cercle Proudhon (1911)
  • L’Action Française par Firmin Bacconnier, qui a porté, et porte encore aujourd’hui, la doctrine corporatiste dans ses gènes. Bacconnier a publié son ouvrage le plus abouti sur le sujet Régime Corporatif en 1933. Maurras incluait le corporatisme dans le chapitre sur la Politique Naturelle de Mes idées politiques (1937).

Le néo-corporatisme

Cette renaissance théorique du corporatisme a eu un impact dans la sphère politique. Le fascisme naissant s’est emparé du sujet, le remaniant à son goût. Ainsi est né le néo-corporatisme, fusion de l’idée fasciste d’état et du corporatisme colbertiste (même si adapté aux spécificités de chaque pays). Le néo-corporatisme diffère du corporatisme par la soumission, plus ou moins prononcée, des corps de métiers et des entreprises, à l’état. Chez Pétain, les corps de métier sont relativement libres, autant qu’ils peuvent l’être en temps de guerre.

Le néo-corporatisme n’est qu’une émulsion, il n’est pas stable et finit historiquement par se décanter. Comme le dit bien Alain Cotta, économiste :

« Le corporatisme et le fascisme ne vont de pair que d’un point de vue historique. Ils sont profondément antagonistes. […] En fait le corporatisme pour vivre réellement et pour durer, a besoin de la mort du fascisme – et l’obtiendra d’ailleurs. Les fascistes sont morts. Mais pas le corporatisme, au contraire. »

Aujourd’hui ?

Le corporatisme est loin d’être mort. Depuis la Révolution, la France cherche à en retrouver l’esprit, sans pouvoir le nommer. L’état jacobin et libéral le repousse périodiquement, sans jamais parvenir à le tuer. L’esprit de corps est très présent dans la mentalité du travailleur français. Même les syndicats, d’idéologie marxiste, ont dû composer avec cette réalité bien ancrée.

Il est intéressant de noter qu’en France, l’affrontement entre l’idéologie libérale et l’idéologie marxiste, a mené à un ordre social mouvant, mais ressemblant étrangement par certains points à l’ancien système des corps de métiers. La division entre syndicats et patronat est une réalité mourante, n’existant plus que dans le monde de la grande entreprise, alors que les PME se regroupent dans divers groupes de discussion.

Les syndicats, commençons par eux : ils sont, en France, découpés en sections géographiques, mais également par branche. Métallurgie, Transports … Les solidarités ouvrières en temps de grève, plutôt que de se faire avec les autres branches des mêmes syndicats, se font avec les autres syndicats présents dans la branche ! Lutte des classes, vraiment ?

Un second exemple est celui des caisses de sécurité sociale : toutes les exceptions au régime général sont des caisses réservées à une profession, ou à un groupe de professions. Etrange pour des « acquis sociaux, résultant d’une lutte d’origine marxiste ».

Les conventions collectives sont sans doute aujourd’hui ce qui se rapproche le plus d’une réglementation corporatiste. Imparfaite, certes : le salarié est rattaché à la convention de son entreprise et non, comme par le passé, aux règles du métier qu’il effectue réellement, mais l’esprit y est.

Certaines professions réglementées sont organisées dans des structures partageant des traits avec les anciennes corporations. L’ordre des médecins ou la CNPMEM des marins-pêcheurs en sont d’excellents exemples : règlements internes, instances juridiques et gestion démocratique.

Enfin, les corporations se retrouvent dans une forme préservée en Alsace-Moselle. La loi y dit :

« Les artisans sont groupés en corporations, libres ou obligatoires, dont la mission première est d’assurer la défense des intérêts professionnels de leurs membres qui dépendent de Chambres de Métiers chargées de représenter les intérêts généraux de l’artisanat. A la différence des syndicats, les corporations représentent à la fois les employeurs et les salariés sur une circonscription déterminée. »

Cette région, de par son histoire spécifique, a su préserver un système corporatif fonctionnel. Il est hélas figé par une république qui souhaiterait bien le voir mourir : seuls les artisans y sont présents et non les manufacturiers et les industriels, comme par le passé.

Corporations

La corporation est, historiquement, la forme d’organisation d’un métier dans le système corporatif français. Ce terme fut officialisé pour la première fois à l’abolition des corps de métiers, afin de désigner ceux-ci. Leurs noms, auparavant, étaient très variables selon les régions.

La définition qui suit ne concerne que les corps de métiers français, tels qu’ils étaient suite à la réforme de Colbert.

La définition générale d’une corporation sous l’Ancien Régime est d’être une association de droit public, ayant une règlementation interne et un pouvoir judiciaire de première instance. Elles rassemblent maîtres, compagnons et apprentis.

Types de corporations

Distinguons tout d’abord trois types de corps de métiers : les jurandes, les corps réglés et les métiers libres. Bien souvent lorsque l’on parle de « corporations » ce sont des jurandes uniquement que l’on parle, occultant les autres. Cet oubli est déplorable, tant la place que les corps réglés occupaient était grande.

Les métiers libres, tout d’abord. Ce sont des métiers pour lesquels aucune corporation n’est obligatoire. Certains métiers peuvent être réglés dans une ville et libres ailleurs. Le fait qu’un métier soit libre n’exclut pas nécessairement la présence d’une corporation réglée le représentant : elle n’est simplement pas obligatoire. En revanche, jurande et métier libre s’excluent. Les métiers libres obéissent aux lois civiles, ils ne peuvent pas avoir de privilèges.

Les corps réglés sont des corporations subordonnées à une autorité territoriale : seigneuriale, cléricale ou bourgeoise. Les corps réglés n’ont pas la personnalité juridique, ils ne peuvent plaider qu’accompagnés d’un échevin, représentant du pouvoir territorial. Ils n’ont pas non plus droit de posséder de biens en propre ou une trésorerie : ils doivent obligatoirement confier leurs fonds à une église ou à une municipalité et leurs biens appartiennent à leur collectivité de rattachement. Ils peuvent en revanche voter et imposer des règles aux maîtres incorporés. Les corps réglés peuvent obtenir des privilèges, locaux ou royaux.

Les jurandes, enfin, sont une création de Louis IX. Elles sont obligatoires à tous les gens du métier qu’elles représentent. Elles sont subordonnées au Roi, ont la personnalité juridique et le droit de posséder des biens et une trésorerie. Les jurandes peuvent posséder un sceau. Elles sont découpées en antennes régionales, puis locales, avec à chaque échelon des règles et une hiérarchie cohérente.

Prérogatives

Historiquement, les corporations d’Anciens Régimes ont eu un certain nombre de prérogatives concernant leur métier et son environnement proche :

  • Règlementation du travail : les corporations avaient, peu ou prou, le même rôle que nos conventions collectives. Elles réglementaient les salaires et tout ce qui trait au cadre de travail. Elles intégraient également des juridictions de première instance, afin de ne pas engorger les tribunaux nationaux.
  • Normalisation de la production : Les règles de qualité et les méthodes de travail étaient définies avec pour but la qualité du produit et le bien-être du travailleur. La corporation avait droit de visite sur le travail des maîtres.
  • Règlements commerciaux : Afin d’éviter toute pratique commerciale déloyale ou nuisant au bien commun, la corporation avait le devoir de réguler et encadrer le commerce, tant du côté des fournisseurs que des clients. La corporation recevait aussi les litiges des clients. Les poids et mesures étaient de sa juridiction, ce qui explique la diversité des unités avant l’avènement des unités scientifiques modernes.
  • Représentation politique du métier : Par sa puissance et sa représentation la corporation avait un réel pouvoir politique. Elle pouvait faire pression tant sur les pouvoirs locaux que sur le roi lui-même.
  • Conservation de la propriété intellectuelle de la branche : Les corporations obligeaient les maîtres à partager leurs découvertes et innovations, ce afin qu’ils profitent au plus grand nombre. Un débutant disposait donc de la somme des connaissances de ses prédécesseurs et ne partait pas de rien.
  • Enseignement et formation : Beaucoup de corporations disposaient de véritables centres de formation des apprentis. Certaines professions fonctionnaient par alternance et les apprentis recevaient la formation théorique parfois très loin de leur maître.

Hiérarchie corporative

Les corporations sont, pour la plupart, constituées hiérarchiquement de la même manière. Quelques corps bourgeois et militaires dérogent à cette règle. En théorie, chaque corporation est libre de définir sa hiérarchie comme elle le souhaite. C’est d’ailleurs le cas pour la direction et l’administration de la corporation, organisée très différemment d’un métier à l’autre. Le schéma commun est d’ordinaire constitué de 3 niveaux : l’apprenti, le compagnon et le maître.

L’apprenti est un jeune, incorporé vers 14 ans le plus souvent. Il est logé et nourri par le maître, chez celui-ci, aux frais de ses parents. La pauvreté ou l’orphelinat permettent de déroger à cette règle : la corporation financera l’apprentissage. Un contrat, annuel et reconductible, lie le maître, l’apprenti et le tuteur légal. Il définit les conditions de travail en fonction de l’âge, de la condition physique et des capacités de l’apprenti. Certaines branches forment leurs apprentis par alternance, dans les écoles de la corporation (horlogers, architectes …). La durée d’apprentissage est en moyenne de 3 ans.

Une fois l’apprenti mûr, il est inscrit sur les registres de la ville comme compagnon, par les jurés de la corporation. Ils peuvent travailler pour gagner leur vie auprès d’un maître, au rythme de contrats d’un an renouvelables. Certaines professions, comme la maçonnerie, font effectuer à leurs compagnons des tours de France, afin de parfaire leur formation par le travail.

Lorsque le compagnon se sent prêt, il va présenter un chef-d’œuvre à un collège de maîtres. Si ce chef d’œuvre est validé, le compagnon devient maître à part entière. Une maîtrise n’est pas révocable, sauf fraude à l’examen. Il peut travailler à son propre compte ou associé à un autre maître. Parfois, la maîtrise n’est pas libre : le nombre d’ateliers est limité dans une zone donnée. Le maître devra racheter un atelier à un retraité contre une rente afin de s’installer. Il pourra en attendant travailler pour le compte d’un autre maître. En cas de faute, le maître peut être puni, jusqu’au bannissement. La mort est possible pour certains métiers « dangereux » : apothicaires, serruriers, notaires, etc…

Les maîtres qui le souhaitent sont amenés à prendre des responsabilités au sein de la corporation. Ces responsabilités sont réparties par élection : les gens du métier élisent leurs représentants. Les corporations sont de petites républiques.

Métiers représentés

La liste qui suit n’est absolument pas exhaustive. Pratiquement toute activité, sous l’Ancien Régime, pouvait être incorporée. Certains métiers, en plus de l’obligation d’incorporation, pouvaient être réservés à un ordre particulier. Ainsi les hautes carrières militaires étaient réservées aux nobles, la théologie aux clercs ou encore l’arbalétrerie au tiers-état.

Les Six Corps

Jurandes, régies par le prévôt des marchands de Paris. Catégorie historique et arbitraire.

Drapiers, épiciers, merciers, pelletiers/fourreurs, orfèvres, bonnetiers.

Plus tard les cabaretiers rejoindront les 6 corps.

Professions banales

Corps dont l’implantation locale est subordonnée à un seigneur : ils sont stratégiques en cas de guerre.

Boulangers, bouchers, maçons, armuriers, peintres, forgerons …
Professions Cléricales et universitaires

Rattachées à l’université. La Thèse remplace le chef d’œuvre.

 

Théologiens, juristes, médecins, libraires …
Corps militaires

Réservés pour la plupart aux nobles.

Maréchaux, chevalerie (incorporée tardivement)…
Professions judiciaires

Toujours des jurandes, rattachées au Parlement de Paris.

Magistrats, avoués, notaires, huissiers, hérauts …
Corps bourgeois

Les villes franches (non rattachées à un seigneur) sont administrées par des corps constitués et sont elles-mêmes de véritables républiques.

Arbalétriers, archers, conseillers …

Le cas des paysans est spécifique. Ils ne sont pas incorporés, comme les professions ci-dessus, mais participent régulièrement à des assemblées villageoises. Ils sont loin d’être sans droits. Sous protection d’un seigneur, parfois du roi directement, les villageois sont parfaitement conscients de leurs droits. Les assemblées villageoises ont un maire élu à leur tête. Ce maire a pour rôle de négocier avec les féodaux et les corporations, au nom des villageois. Les paysans se laissent rarement piétiner, comme l’a montré notre histoire, émaillée de jacqueries.

Critiques

Le corporatisme a ses soutiens et ses détracteurs, le débat est récurrent en France et souvent animé sur ce sujet. Le corporatisme n’est pas mort, savoir le défendre est d’un intérêt crucial.

Le point de vue de l’Église

Avant Humanum Genus de Léon XIII en 1884, l’Église ne parle pas de corporatisme. Sans doute est-ce parce qu’il va de soi dans les sociétés occidentales.

« Nous voulons parler de ces corporations ouvrières destinées à protéger, sous la tutelle de la religion, les intérêts du travail et les mœurs des travailleurs. »

Léon XIII réaffirme le soutien de l’Église au système corporatif dans l’encyclique Rerum Novarum (1891), véritable baptême du catholicisme social. Ce baptême sera confirmé par Pie XI dans l’encyclique Quadragesimo Anno en 1931, qui prolonge et réactualise Rerum Novarum. Pie XI, dans Divini Redemptoris en 1934, réaffirme l’opposition de l’Eglise au communisme et son soutien au corporatisme :

« Nous avons montré comment une saine prospérité doit se baser sur les vrais principes d’un corporatisme sain qui respecte la hiérarchie sociale nécessaire, et comment toutes les corporations doivent s’organiser dans une harmonieuse unité, en s’inspirant du bien commun de la société. La mission principale et la plus authentique du pouvoir civil est précisément de promouvoir efficacement cette harmonie et la coordination de toutes les forces sociales. »

Plus tard, dans les années 50, Pie XII évoquera souvent le corporatisme. Il refuse de reconnaître le syndicalisme comme légitime et invoque, parfois excessivement, des corporations souhaitables mais mortes avec le fascisme. Il fut le dernier pape à parler autant de corporatisme. Jean XXIII et Paul VI n’en parlèrent pas. C’est étonnant pour Paul VI : il fut le bras droit de Pie XII et fut très proche des néo-corporatistes italiens dans sa jeunesse.

Jean-Paul II est bien plus confus sur le sujet. Chez lui ce terme est utilisé à l’anglo-saxonne et désigne tant les sociétés que les groupes professionnels. Pour lui, les syndicats héritent des corporations anciennes, donc de leurs obligations sociales. Centesimus Annus, venu un siècle après Rerum Novarum se positionne dans cet esprit. Le vocabulaire de l’Eglise, ensuite, ne reparlera plus de corporations sans leur adjoindre l’adjectif « anciennes », elles ressortent comme des choses mortes, y compris chez Benoît XVI. François ne s’est encore jamais exprimé sur le sujet.

Critiques physiocrates et libérales

Les libéraux, par leurs ancêtres physiocrates, furent les premiers à critiquer les corporations. Leurs critiques ne furent pas complètement infondées, même si gravement exagérées. De plus, la solution libérale qu’ils prônent est bien pire que le système corporatif, dont les défauts étaient corrigés régulièrement par le pouvoir royal.

Reprenons les critiques des libéraux, point par point.

Le monopole des jurandes est un frein à la libre-concurrence

Le monopole, dans l’ordre corporatif existe dans le but que tout ouvrier, d’une branche et d’un lieu précis, soit soumis aux mêmes règles que ses semblables. Il n’est ni la régulation centralisatrice, qui ne prend pas en compte les spécificités locales, ni la dérégulation totale, qui laisse le travailleur nu face aux moins scrupuleux de ses concurrents.

La libre-concurrence des libéraux est un leurre. Jamais elle n’a existé, jamais elle n’existera, l’humain est ainsi fait. Nous renvoyons le lecteur à d’autres sources pour une critique approfondie. Ce que nous pouvons simplement répondre est que le système corporatif préfère l’honneur du travail et la méritocratie à la libre-concurrence, car il ne voit pas cette dernière comme souhaitable. La libre-concurrence est la liberté du renard libre, dans le poulailler libre.

La limitation du nombre de maîtres s’oppose au droit de travailler

Cette limitation est à voir sous deux angles : celui de l’écologie et celui de la rentabilité du travail.

D’un point de vue écologique, la limitation du nombre d’ateliers, dans un monde où la machine n’était pas encore apparue, permettait de limiter la consommation de ressources et de la répartir sur le territoire. Ainsi, dans l’ancienne France, presque toutes les forêts nationales étaient gérées durablement. Les bûcherons et forestiers étaient garants de la préservation de l’équilibre de ces milieux, tout en permettant une production de bois durable. La vision était à long terme au contraire d’aujourd’hui.

Si le travail était limité, c’était aussi pour garantir au maximum de maîtres possible le « droit de travailler », au sens du droit de vivre de ce travail. L’argument libéral ne vaut pas. La multiplication du nombre de maîtres dans une zone donnée aurait certes tiré les prix vers le bas, mais aurait également diminué le niveau de vie des maîtres les moins concurrentiels. Ils auraient bien eu « droit de travailler », mais n’auraient pu en vivre. Le numerus clausus était infiniment social, en adaptant l’offre à la demande, là où la société libérale pousse à l’inverse par le matraquage publicitaire et la gabegie consumériste.

La corporation se substitue au marché en fixant les prix et les salaires

Comme il a été dit au point précédent, le but de la corporation est de garantir que le travailleur puisse vivre décemment de son labeur.

Les salaires étaient régulés par la corporation, dans le but que le compagnon puisse obtenir une part équitable des bénéfices de l’atelier, capable de faire vivre sa famille. Il était exigé par l’Eglise qu’une famille puisse vivre sur le seul salaire du mari, rendant le travail de l’épouse facultatif.

La régulation des prix suit le même esprit, mais pour le maître cette fois. Un second rôle venait s’ajouter à cette régulation : pour les produits de consommation courante, les prix devaient permettre leur accès au plus grand nombre, quitte à ce que des subventions soient versées afin de garantir à la fois les prix bas et la juste rémunération du maître.

La régulation par le Marché, qu’exigeaient les libéraux, est la destruction des minima salariaux et la dérégulation des prix. La fin des salaires minimaux créa les esclaves de la Révolution Industrielle. La dérégulation des prix fit advenir le règne des spéculateurs et des marchands : la Guerre des Farines et la Révolution en sont les conséquences.

Les règles de l’Art sont un frein à l’innovation

Ce point est sans doute le plus contestable :

D’abord, car toute innovation n’est pas bonne. Des auteurs contemporains ont théorisé ce que les anciens avaient pressenti : la technique n’est pas neutre mais ambivalente. Il appartient de juger chaque innovation en chaussant les lunettes du bien commun plutôt que celles du profit. Les règles de l’Art n’intégraient l’innovation qu’après expérimentation et mûre réflexion sur ses effets.

Ensuite, car dans une société où le bien commun est la boussole, la qualité prime sur la quantité. Ce que faisait un maître était réalisé avec le plus grand soin. Aucun gaspillage n’était toléré, ni dans la fabrication, ni dans la durée de vie. L’innovation, comme processus visant à créer de nouvelles choses, n’était tolérée que si le nouvel objet était une amélioration qualitative évidente, d’un objet comblant un besoin existant. Il était hors de question d’innover dans le seul but de faire du profit.

Enfin, si l’innovation individuelle était plus rare qu’aujourd’hui, le partage des savoirs entre les maîtres permettait à chacun de bénéficier des innovations utiles des autres. L’esprit non concurrentiel, donc apaisé, permettait un échange de savoir, qui rend contestable l’affirmation que l’innovation était freinée par les corporations : elle était tout simplement subordonnée au bien commun.

Critiques marxistes

Lorsque les marxistes sont apparus, ils ont tenté de proposer une alternative au libéralisme. Celle-ci, en raison du Sens de l’Histoire, ne pouvait pas être une régression vers l’ordre corporatif ancien, donc réactionnaire et poussiéreux. Suivent des réponses à leurs principaux arguments.

La corporation est une collaboration entre patronat et ouvriers

Par « patronat », les marxistes entendent les maîtres et par « ouvriers » les compagnons.

Cet argument est facilement réfutable. Les marxistes n’ont visiblement pas compris la nature même de la corporation : elle échappe complètement à leur mode de pensée. S’il est vrai que le maître est le seul à pouvoir posséder le capital, il est différent du patron en au moins deux points :

  • Son contrôle du capital lui vient de sa compétence (maîtrise) et non de l’argent. Un maître peut ouvrir un atelier sans le sou, aidé par ses pairs. Un homme n’aurait jamais pu ouvrir d’atelier sans avoir été reconnu maître par ses pairs. La maîtrise ne peut s’acheter.
  • Un maître doit pratiquer le métier réellement afin de posséder un atelier. Il lui est interdit d’être un simple rentier.

De même, la définition de l’ouvrier et celle du compagnon sont radicalement différentes. Un compagnon est un maître en devenir. On reste rarement compagnon, à moins d’incompétence crasse. Le compagnon s’élève dans la hiérarchie corporative par son travail. L’ouvrier ne peut s’élever qu’en devenant à son tour un « possédant » dans le jargon marxiste, donc par l’argent.

La corporation n’est donc absolument pas un système d’exploitation d’une classe par une autre. Le plus humble des apprentis est destiné à devenir maître un jour. L’homme s’élève par son travail et non par l’argent.

Les corps de métiers divisent les travailleurs en branches et les empêchent de se penser en tant que classe

La division en branche permet une véritable démocratie locale, basée sur ce que les gens connaissent le mieux : leur métier. Il est naturel pour les travailleurs de discuter d’abord avec leurs semblables, des sujets qui les concernent.

La « classe ouvrière » est une création de la révolution industrielle, lorsque le découpage de la société fut exécuté entre ploutocrates possédants et travailleurs prolétaires. Les griefs entre branche sont, historiquement, moins destructeurs, que les douloureux affrontements entre ouvriers et patrons. Le Moyen-Âge et l’histoire des corps de métiers avant Colbert le montre.

Il est facile pour une autorité supérieure (état, collectivité) de concilier deux métiers, afin de définir le domaine de chacun. Il est bien plus difficile de s’immiscer au sein d’une corporation, afin de calmer des tensions : cela est vu comme de l’ingérence et provoque bien souvent des réactions allergiques.

La division en branches est à la fois plus naturelle et plus apaisée qu’une division en classes.

La corporation est un repli sur soi et ne vise pas à l’universel

Le système corporatif vise le bien commun. Il n’a historiquement été possible qu’avec une autorité supérieure, absolue et garante du bien commun, qui intervient pour gommer ses excès.

La nation est le cercle communautaire le plus grand qui soit. La doctrine maurassienne détaille ce point. Il est impossible de créer un système corporatif à une échelle plus grande que la nation. Au-delà de la nation il n’y a pas d’intérêt commun cohérent et donc aucun pouvoir légitime pour le représenter.

La seule forme de coopération internationale possible, dans un système corporatif, est l’accord contractuel, entre corps de nations différentes, dans les limites des lois des nations.

Critiques gauchistes et idiocrates

Ces critiques, bien que souvent idiotes (il n’y a pas de question idiotes, seulement des gens idiots), sont souvent présentes dans les débats sur le corporatisme. Il est bon de savoir y répondre succinctement :

Tous les régimes ayant porté un projet corporatiste n’étaient pas des démocraties

Que répondre à ce magnifique sophisme ? Il est vrai que le corporatisme fut porté par les fascismes, au sens large, ainsi que par les monarchies européennes, dites d’Ancien Régime. Cela ne change rien à la validité du projet corporatiste.

Quitte à parler de démocratie, autant parler de démocratie réelle : celle qui n’est possible que lorsque les gens votent sur ce qu’ils connaissent. Les corps de métiers étaient de véritables petites républiques, naturelles et humaines, où chacun, dès lors qu’il avait prouvé sa compétence, pouvait exprimer son avis et voter. Les structures corporatives ont prouvé leur efficacité pour représenter l’intérêt des travailleurs à tous les échelons. Si elles ont pu être abusives, jamais elles ne furent tyranniques.

Rien à voir avec les démocraties bourgeoises qui proposent à des citoyens de voter sur des programmes en 50 points que personne ne lit.

Les corps de métiers étaient sexistes

Cette affirmation est historiquement fausse. Si certains métiers de force, pour des raisons évidentes, n’acceptaient pas les femmes (mineurs, bûcherons …), beaucoup de métiers incorporaient des femmes, même comme maîtresses. Une femme pouvait parfaitement choisir d’exercer un métier différent de son mari, sans que cela soit socialement mal vu.

Si elle choisissait de partager le métier de son mari, la femme prenait son titre (maîtresse par alliance) et touchait une rente de la corporation en cas de décès de celui-ci. Ce qui n’était pas vrai dans l’autre sens.

Problématiques à résoudre

Le corporatisme, nous l’avons dit, est une doctrine en mouvement permanent. Chaque époque a su le redéfinir. Celui qui prône un système corporatif a le devoir de le réactualiser. Ca n’est pas le travail d’un prétendant ou leader quelconque mais bien des travailleurs eux-mêmes.

Aussi vais-je liste quelques points sur lesquels il serait bon de réfléchir en vue de définir ce que pourrait être un système corporatif assumé en France, au XXIème siècle.

Est-il pertinent de bâtir un système corporatif sans état fort ?

Les défauts du corporatisme, laissé à lui-même, font réfléchir sur la pertinence de rebâtir un système social corporatif sans état fort. En effet :

  • Sans état représentant le bien commun, le corporatisme tombe rapidement dans la lutte des métiers et la lutte des classes. Il devient vite pire que l’actuel pis-aller capitaliste. L’histoire le montre, avec ce que furent les corporations au Moyen-Âge.
  • Sans état fort, les corps deviennent rapidement des lobbys très puissants dictant leur volonté par le chantage économique. Si cela peut être intéressant pour faire chanter une république impuissante, il faut au moins veiller à garder le contrôle d’un tel système.

Quelle place pour la grande entreprise ?

L’adaptation du corporatisme au tissu économique actuel est un travail non-encore accompli. Le corporatisme fut adapté aux manufactures par Colbert, aux usines par Vichy mais n’a jamais été réfléchi pour fonctionner avec des transnationales et des holdings.

Quelle place pour le quaternaire ?

Comment intégrer au corporatisme l’employé de bureau ? Sa principale caractéristique n’est pas de produire quelque chose mais d’occuper une place dans une entreprise. Il ne traite que de l’information, pas un objet réel et tangible. Où le classer ? Comment l’incorporer ?

Le corporatisme est-il compatible avec les enjeux environnementaux actuels ?

Le capitalisme libéral nous envoie dans le mur. Le corporatisme peut-il faire mieux ?

Le problème des ressources, de la consommation, du jetable et d’autres seraient à réfléchir en chaussant les lunettes corporatistes.

Conclusion

Le corporatisme et les corporations de métiers n’ont pas toujours été le système bien huilé, vanté par certains partisans trop zélés. Il a accompli un long chemin avant de parvenir à la stabilité et l’efficacité qu’il eut sous Colbert. Les différentes formes qu’il a prises sont aujourd’hui obsolètes, vouloir les ressusciter serait vain et mortel. L’enjeu, désormais, est de bâtir une nouvelle arche corporative, adaptée aux enjeux de notre siècle. Le passé sera bien entendu un guide inestimable, mais il appartient à notre génération, aux forces vives de notre pays, de se saisir de la question. Chacun aura un travail à faire depuis son poste, car ce sont les gens de métier qui en connaissent le mieux les enjeux, afin de réactualiser une idée qui n’est jamais morte.

Les corps de métiers sont terriblement d’actualité à l’heure ou la mondialisation jette au chômage les travailleurs de la nation. Des milliers d’hommes et de femmes avec leurs talents, qui ne servent pas le bien commun et deviennent, malgré eux, des parasites, au seul motif qu’ils ne sont pas rentables.

Le système corporatif est d’actualité, désormais que le marxisme est mort et que le libéralisme est en train de trahir toutes les promesses de paradis terrestre, qu’il avait faites en 1789, montrant alors son vrai visage. De plus en plus de français n’attendent que de pouvoir travailler dans le même esprit que leurs pères : encouragés, protégés et reconnus. Encore aujourd’hui la qualité française est reconnue dans le monde, toujours présente, comme si le regard de ses aïeux était braqué sur l’ouvrier, le poussant à la vertu dans son travail. Le peuple de France n’est pas mort.