Test d’Assassin’s Creed Unity

Moins manichéen que ses prédécesseurs, techniquement réussi mais historiquement passable, le dernier jeu de la série Assassin’s Creed se révèle bien plus intéressant qu’attendu.

Les augures étaient bonnes : ce cher Mélenchon ressorti de son placard pour critiquer un jeu; il ne pouvait pas être si mauvais que ça.Je ne m’attarderais pas sur les bugs, ne les ayant pas expérimentés sur ma machine, ni sur l’optimisation, très variable selon le hardware de chacun.

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Une oeuvre vidéoludique

La première chose qui frappe en se plongeant dans ce jeu est qu’il est beau. Paris est modélisé avec une myriade de détails, à l’échelle 1:1 s’il-vous plaît pour une zone délimitée par les Invalides, le Panthéon, la Bastille et l’ancienne Madeleine. Une ville vivante, même si les dialogues sont parfois un peu illusoires (les gens pensaient à manger, pas à crier « mort au tyran » à chaque coin de rue).Musicalement c’est cohérent et beau, la musique colle aux situations, l’ambiance électrique de la Révolution est parfaitement rendue dans la bande son.

La ville fourmille de quêtes, souterrains, personnages à rencontrer, bâtiments à explorer (premier jeu de cette série avec autant d’intérieurs accessibles).

Les modélisateurs comme les artistes ont fait un excellent travail pour ce jeu.

Un gameplay bien amélioré et plaisant

Assassin’s Creed souffrait de pas mal de défauts dans les opus précédents : la linéarité et la répétitivité du jeu, la course libre peu contrôlable, le manque d’infiltration pour un jeu d’assassins. Visiblement Ubisoft a entendu les plaintes des joueurs et en a pris compte. Le jeu fourmille de quêtes annexes variées et ancrées dans les anecdotes historiques parisiennes. La course libre a été grandement améliorée, si il reste quelques imperfections, le côté simiesque des déplacements a disparu. Le héros ne monte plus n’importe où de manière illogique.

Enfin l’infiltration occupe la place qu’elle aurait toujours du occuper dans un jeu de ce genre. Même si un mode difficile manque avec des ennemis plus réceptifs et réactifs, il n’est désormais plus possible de foncer dans le tas face a des ennemis de même niveau, sous peine de mort.

Le mode coopératif est très intéressant pour peu de jouer avec des amis. La sélection aléatoire tombe souvent sur des joueurs mauvais ou indisciplinés.Le coté RPG Coopératif est intéressant avec de l’équipement permettant de choisir un style de jeu.

Historiquement incorrect

Sur le plan historique, le jeu présente un bilan mitigé, voire désastreux par moments.

Une mission fait par exemple fait la déplorable erreur de dire que les hébertistes furent des « fanatiques royalistes ». Le peuple tient des discours incohérents pour l’époque, se préoccupant plus de grandes idées que du manque de pain. Le jeu laisse penser que l’Ancien Régime était dépourvu de justice (le héros est embastillé pour un meurtre qu’il n’a pas commis, sans aucune forme de procès). La narration n’hésite pas à invoquer le mot « peuple » à toutes les sauces, oubliant les inégalités criantes entre la bourgeoisie (absente du jeu) et le bas-peuple.

Le jeu présente des points positifs néanmoins, la noblesse et le clergé ne sont pas caricaturés outre mesure. Beaucoup de figures de la révolution ont l’image qu’ils méritent, Mirabeau, Robespierre, Bonaparte ou encore le Marquis de Sade, rendu à merveille !Le roi Louis XVI est représenté assez justement. Il est mal préparé au trône, dans une époque impitoyable et mouvementée et cela ressort bien.

La barbarie de la Révolution est omniprésente, que ce soit avec les radicaux violents ou par le biais de scènes comme les massacres de Septembre.

Idéologiquement mitigé

Il ne faut pas se leurrer, ce jeu reste un Assassin’s Creed, avec le message anarchiste que la série propage depuis le début. Le jeu se conclut par un message d’un athéisme déplorable, les missions moralement douteuses sont légion (voler des calices consacrés pour s’infiltrer dans le culte de Baphomet …). Le jeu est néanmoins assez délicat pour ne pas tirer sur l’Église, reconnaissant même qu’elle partageait la misère de ses fidèles.La fin du jeu prend même la forme d’un dialogue entre le Grand Maître des Templier parlant de « progrès inéluctable » et les assassins, prônant le libre arbitre face à un destin imposé d’avance. Serait-ce une représentation du la querelle du libre-arbitre et de la grâce ?La plus grande surprise de ce jeu est qu’il n’est pas frontalement anti-monarchique, même si il fait passer la monarchie comme dépassée par la « Liberté » selon les moments. Louis XVI est bien décrit comme victime d’un procès truqué, ses derniers mots où il espère que « son sang servira à cimenter le bonheur des français » ne sont pas oubliés. Les déclarations des Templiers sont même complètement inespérées : « Lorsque la mitre et la couronne tombent c’est l’or qui détermine qui a le pouvoir ».Les Templiers en eux-mêmes montrent les rouages qui ont amené à la révolution. Durant tout le jeu ils manipulent le peuple, jouent sur les cours du grain, paient des orateurs, incitent au massacre, assassinent les modérés … La Terreur est leur œuvre.

Conclusion

Techniquement c’est une réussite. On peut regretter le manque d’experts historiques sérieux (ils ont travaillé avec seulement 2 référents, dont un niant le génocide vendéen). Idéologiquement on peut trouver des points très positifs, même si Assassin’s Creed nous réchauffe la même soupe libertaire et anarchiste. Impossible de se positionner dans ce conflit autrement que pour la Liberté abstraite. Ce jeu est moins manichéen que ses prédécesseurs mais reste encore assez moyen sur ce plan.

Néanmoins, d’un point de vue personnel, je recommande ce jeu, très plaisant à jouer et moins mauvais que ses prédécesseurs sur bien des points.

Si je devais le noter, ce jeu aurait un 16/20.

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